Pour ces législatives les candidats de la société civile partent à l'assaut de l'Assemblée Nationale dans des proportions comme on n'en a jamais vu. Or ça en inquiète certains.

L'Assemblée Nationale
L'Assemblée Nationale © AFP / ERIC FEFERBERG

Par Jannick Alimi.

On pourrait croire que cette inquiétude est l'effet d'esprits grincheux ! En effet, que peut-on reprocher à ces employés de banques, ces hôtesses d’accueil, ces cadres, ces patrons de PME, ces intérimaires, bref, à tout ce peuple de France, de prendre enfin son destin en mains et de s’approprier une partie du pouvoir législatif qui lui revient ?

Rien sauf si l’on est un professionnel de la politique pour qui tout nouveau venu est un illégitime patenté, un métèque, un juif errant, un pâtre grec… Et pourtant, ceux qui s’inquiètent n’émargent pas dans la catégorie des peine- à jouir et des frustrés. Pas tous en tout cas.

Mais que craignent-ils ?

« Ça va être l’enfer, me confie une députée-maire Les Républicains de 42 ans, une senior donc. Les ténors de notre parti sont pour la plupart touchés par la règle du non cumul des mandats et beaucoup ont préféré ne pas se représenter aux législatives pour privilégier leur mandat local. Dans le meilleur des cas on va se retrouver avec des élus issus de nos appareils militants ou au pire avec des élus qui viennent de nulle part. »

Même son de cloche à gauche. « Ça va être très compliqué, me dit un élu socialiste du sud de la France. La politique ce n’est pas un métier, il n’y a pas de formation pour les débutants. Moi-même j’ai appris sur le tas. Mais ça demande du temps. » Vous l’aurez compris : avec des anciens qui s’en vont, les nouveaux venus n’auront non seulement aucune expérience mais en plus, ils ne bénéficieront pas du savoir faire et des conseils des anciens.

Ce n’est pourtant pas la première fois que des représentants de la société civile se font élire au Parlement

Sauf que cette fois-ci, des Monsieur Smith – vous savez ce citoyen un peu naïf que Franck Capra fait élire au Sénat américain pour moraliser la vie politique- ces Monsieurs Smith, il va en avoir quelques centaines sur les 577 députés à l’Assemblée Nationale. Ils représentent 88% des candidats de la France Insoumise, la moitié de la République en Marche et même 40% des Républicains. «Je ne sais pas comment cette assemblée va pouvoir travailler, me dit en soupirant un ex-ministre et ancien député. Un député ne doit pas seulement voter les lois. Il doit aussi maîtriser le processus législatif, le vocabulaire, la procédure parlementaire, le travail en commission. Je ne sais pas comment les fonctionnaires de l’Assemblée vont pouvoir faire face.»

Ces fonctionnaires, un peu plus d’un millier qui, je vous rassure, ne sont pas les plus malheureux de la fonction publique, ont effectivement pour mission d’assister les députés durant leur mandat, les aider à rédiger des amendements… Et face à quelques centaines de néophytes, leur tâche s’annonce titanesque et me dit l’un deux « les retombées sur la qualité des textes de loi risquent d’en souffrir. » On le voit, le personnel en place frôle le « nervous breakdown ». Il est temps peut-être que du sang neuf et des esprits motivés viennent donner un coup de booster à ces grands corps fatigués.

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