Les candidats à la primaire à droite se livrent à une véritable course à l'échalotte sur les questions de sécurité et d'immigration. Est-ce bien sérieux ou est-ce que c'est juste pour faire le buzz ?

Sarkozy : "Il y aura des primaires" avant 2017
Sarkozy : "Il y aura des primaires" avant 2017 © Reuters

Vous vous souvenez de Jacques Pilhan, le grand gourou de la com’ sous Chirac et Mitterrand ? C'est lui qui a théorisé les bienfaits de la rareté de la parole en politique. Il appelait ça « la stratégie du désir ». Eh bien il doit se retourner dans sa tombe ! Matin, midi et soir, impossible d'échapper à la parole politique, c'est devenu la dictature du buzz et de l'émotion. Et ça ne va pas s'arranger avec la primaire à droite. Parce que pour exister, il faut crier plus fort que les autres.

Le champion d'habitude, c'est Nicolas Sarkozy, qui en a fait une théorie. En OFF, il appelle ça « la stratégie de la cible mouvante, jamais là on où l'attend ! » Mais là, il est carrément enfoncé par d'autres leaders de son parti, qui se sont livrés ces derniers jours à un concours Lépine des idées saugrenues et démagos. Plus c'est gros, plus ça passe, du moment qu'on caresse l'électeur dans le sens du poil et qu'on parle à ses tripes plutôt qu'à son cerveau.

Bruno Le Maire, par exemple. J'ai fouillé dans mes petits carnets. Figurez-vous que quand il était ministre, il était très critique sur la ligne de Patrick Buisson, on appelait ça « le gros rouge qui tache ». Ca ne l'a pas empêché de nous proposer de faire expulser manu militari tous les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une fiche des services de renseignement. A la base, je le précise, c'est une proposition de Marine Le Pen. Et ça veut dire quoi ? Qu'on s'assoie sur la présomption d'innocence!

Xavier Bertrand, lui, veut créer un grand ministère de l'Autorité, en fusionnant les ministères de la Justice et de l'Intérieur. Ca a l'air séduisant comme ça, mais ce serait une rupture totale avec le principe de la séparation des pouvoirs qui fait qu'on vit dans une démocratie et pas dans une République bananière. Je vous passe Nadine Morano, qui veut que les réfugiés syriens restent chez eux pour se battre « comme les Français en 1940 ».

Finalement, la primaire n'est-elle pas un piège ? Cela en prend le chemin, en tout cas. Nicolas Sarkozy a bien essayé de mettre le holà ce week-end en proposant à tous les candidats de préparer un programme commun pour éviter la course à l'échalote, il a fait un flop retentissant. Un proche d'Alain Juppé me disait hier : « On s'en tape de la proposition de Sarko ! On ne va pas le laisser nous verrouiller et promener comme des couillons ».

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