On connaît quasiment tous les candidats à la présidentielle, mais il y en a un dont on ne sait pas encore s’il va se présenter ou pas, c’est François Bayrou.

François Bayrou en janvier dernier
François Bayrou en janvier dernier © AFP / Martin BUREAU

Par Renaud Dély.

Sachez d’abord que tout l’entourage de Bayrou lui déconseille de se présenter. D’abord parce que les sondages ne l’évaluent guère aujourd’hui qu’autour de 5 % des suffrages. C’est-à-dire juste le seuil au-delà duquel il pourrait se faire rembourser ses dépenses de campagne. En deçà de 5% des voix, ce serait la ruine assurée...

Ensuite, le leader du Modem est seul, ou presque. La plupart de ses fidèles se sont éloignés. Et les rares qui restent n’ont pas envie de se taper une nouvelle campagne. Après 2002, 2007 et 2012, ce serait la quatrième, et ce n’est pas une sinécure, croyez-moi. Enfin, le problème de Bayrou, c’est qu’il s’est, pour l’heure fait piquer son fonds de commerce par Emmanuel Macron. L’ancien ministre de l’Economie occupe dans l’opinion l’espace politique du centre. C’est d’ailleurs l’ultime argument de ses proches qui déconseillent à Bayrou de concourir encore une fois. Ils lui répètent: « François, fais attention, l’époque est au renouveau… »

Quand on regarde ce qui s’est passé ces derniers mois, on s’aperçoit que, Cécile Duflot chez les écolos, Sarkozy et Juppé à droite, Hollande et Valls à gauche, tous ceux qui ressemblaient de près ou de loin à un sortant, un ancien, se sont faits dégager. Et c’est le sort qui menace Bayrou dont la candidature ne senti pas vraiment le neuf… Ses plus proches redoutent qu’il ne se se lance dans le combat de trop, un peu comme ces vieux boxeurs usés qui remontent sur le ring une fois encore, et qui se sont font laminer…

François Bayrou, lui, il meurt d’envie de se présenter. François Bayrou, que j’ai vu il y a quelques jours, confie volontiers qu’il n’a jamais été aussi prêt, aussi mûr, pour exercer la fonction présidentielle. Il a toujours eu une assez haute idée de lui-même mais cette fois, il en est convaincu, c’est son tour. D’autant qu’il juge que le niveau de la concurrence baisse. Fillon, tant pour ses turpitudes supposées que pour son programme extrêmement brutal, n’a, à ses yeux, aucune chance. Et comme il considère que Macron n’est qu’un jeune blanc bec sans expérience, Bayrou, forcément, pense que c’est son tour. D’autant que le clivage droite-gauche est tellement dépassé, qu’il lui donne raison. D’ailleurs, Bayrou a un argument imparable. Il a bien regardé: Mitterrand, Chirac, ou Le Pen, tous ceux qui se sont présentés quatre fois à la présidentielle ont obtenu leur meilleur score à leur quatrième tentative !

Bayrou donnera sa réponse autour du 20 février, c’est à dire lundi prochain, et il est en fait suspendu au sort judiciaire qui sera réservé à François Fillon. En disciple de Mitterrand, Bayrou sait de toute façon qu’il faut savoir laisser du temps au temps: il sait qu’Arlette Laguiller, elle, n’a obtenu son meilleur score à la présidentielle non pas à sa quatrième mais à sa cinquième candidature. Même s’il est vrai qu’elle n’a jamais été élue à l’Elysée.

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