Contre toute attente, ce n’est pas la loi contre le séparatisme, dont le vote solennel est programmé cet après-midi à l’Assemblée, qui divise la macronie.

C’est une expression prononcée la semaine dernière sur le plateau de Vous avez la parole, l’émission politique de France 2.  Ce « vous êtes plus molle que nous pouvons l’être », lancé à Marine Le Pen par Gérald Darmanin, ministre censé incarner le tournant régalien du quinquennat, n’en finit pas de faire des vagues. 

L’affaire n’a rien d’anecdotique. Elle montre les divergences au sein de la majorité sur la manière de se positionner face au Rassemblement national. D’un côté, il y a les partisans, et ils sont peu nombreux, d’une stratégie à front renversé. Chercher Marine Le Pen sur son terrain. Et l’assécher, comme Nicolas Sarkozy était parvenu à le faire en 2007, avec le FN de Jean-Marie Le Pen.  

De l’autre côté, on trouve l’aile gauche de la majorité, habituellement très discrète, qui se rebiffe, depuis jeudi. On y compte les soutiens historiques du chef de l’Etat comme Christophe Castaner, son conseiller à l’Elysée Stéphane Séjourné ou encore Clément Beaune, secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Eux affirment en cœur qu’ils n’auraient jamais dit que Marine Le Pen est molle, mais plutôt qu’elle est floue voire même fidèle à elle-même… 

Bref, ils se seraient érigés en rempart contre le RN plutôt que de tenter de contourner Marine Le Pen par la droite. Mais faut-il vraiment considérer cette ligne comme la ligne officielle de la macronie ? On a vu que par le passé l’aile gauche de la majorité a souvent perdu ses combats.

Un débat tout sauf sémantique.

Les messages provenant de l'exécutif se succèdent et ne se ressemblent pas. Le président aurait envoyé un texto pour féliciter Gérald Darmanin jeudi soir, mais dans la garde rapprochée d’Emmanuel Macron, on explique que l’Elysée dans son ensemble est resté « dubitatif » devant ce débat, tout sauf sémantique. 

Et cette critique vaut pour la prestation de Marine Le Pen, mais aussi pour celle du ministre de l’Intérieur. Un membre éminent de la majorité tentait de me convaincre hier. Il ne s’agirait que d’une péripétie sans intérêt tant les Français sont encore loin de la présidentielle. Mais le même reconnaissait malgré tout que cette séquence brouille considérablement le message de l’Exécutif. Ce qu’un conseiller ministériel m’a résumé de manière plus triviale en recyclant une expression de Martine Aubry: « L’ambiguïté, comment vous dire, ras le bol ! »

L'équipe
Thèmes associés