françois hollande soutient manuel valls dans l'affaire dieudonné
françois hollande soutient manuel valls dans l'affaire dieudonné © reuters

La stratégie de Manuel Valls contre Dieudonné est une victoire en trompe-l’œil. L’interdiction des spectacles ne signerait pas pour autant la victoire du ministre de l'Intérieur.

A première vue, Manuel Valls semble le grand vainqueur de la séquence qui l’a opposé à Dieudonné Mbala Mbala. Sa circulaire a permis aux préfets d’interdire son spectacle, le Conseil d’Etat a confirmé l’interdiction et finalement, Dieudonné a dû se résigner et changer ses sketchs pour pouvoir se produire à Paris.

Ce qui permet au ministre de l’Intérieur de dire que c’est une victoire pour la République:

Il est coupé par les applaudissements d’une assistance satisfaite et le Ministre savoure ce qu’il considère comme une victoire personnelle.

Seulement, ça, c’est pour le court terme ; depuis, on s’est aperçu que les choses sont plus compliquées pour lui.

Trois indices viennent montrer que cette séquence pourrait bien n’être qu’une victoire à la Pyrrhus, autrement dit que le prix à payer est peut-être trop élevé pour Manuel Valls.

Premier indice, sa cote de popularité . Le dernier baromètre Ipsos pour le magazine Le Point pointe une baisse de 6 points du ministre de l’Intérieur en un mois ! Il perd à droite mais plus inquiétant pour lui, Manuel Valls perd également 6 points auprès des sympathisants socialistes. A quelques semaines des municipales, ce n’est pas idéal.

Et c’est là que le deuxième indice rejoint le premier.Un certain nombre de candidat aux élections municipales ne sont plus très chauds pour faire venir le ministre de l’Intérieur pour doper leur campagne. Jusqu’à l’affaire Dieudonné, Manuel Valls aimait bien se présenter comme le ministre qui était le plus demandé par les candidats. Celui qui allait « booster » leur campagne, voire les faire gagner. Pensez donc : le ministre le plus populaire sur le terrain ce sont de belles images et des reprises médiatiques garanties. Mais ça, c’était avant.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Je peux vous dire que des candidats, notamment dans les villes de banlieue, n’ont pas tellement envie de voir débarquer un Manuel Valls dont ils craignent qu’il soit malmené par les jeunes des quartiers dans les cités, voire par les militants socialistes. Un maire m’a confié que les militants du PS lui avaient dit, alors qu’il suggérait une venue de Manuel Valls: surtout pas, cache-le ! L’électorat de gauche ne semble pas du tout avoir goûté la séquence.

Le troisième indice, c'est la conférence de presse du Président de la République mardi. Au-delà de la confirmation du cap économique et des mesures annoncées, François Hollande, mine de rien, a confirmé le bail de Jean-Marc Ayrault à Matignon. D’ailleurs, Manuel Valls semble l’avoir compris qui n’a pas desserré les dents pendant les quelque 3 heures de cette conférence de presse. 3h au cours desquelles le Président de la République, s’il a évoqué le travail du ministre de l’Intérieur, a pris soin de ne jamais prononcer son nom.

C’est peut-être un détail pour vous, mais en politique, ça veut dire beaucoup. Un faisceau d’indices qui montre qu’une victoire à court terme peut aussi s’avérer compliquée à gérer sur le moyen terme.

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