Lorsque Manuel Valls dit qu’il y a aujourd’hui en France « deux gauches irréconciliables », il a peut-être raison.

Par Renaud Dély

C’est la grande théorie du Premier ministre. Depuis des semaines, il répète à qui veut l’entendre qu’à gauche, l’heure serait à la « clarification ». C’est le grand mot !

La clarification entre la « gauche réformiste » et la « gauche contestataire », aussi bien entre les formations politiques, disons le PS et le Front de Gauche, le camp de François Hollande et celui incarné par Jean-Luc Mélenchon, que parmi les syndicats, entre la CFDT d’un côté, et la CGT de l’autre.

Et cette « clarification »,  je me suis retrouvé en plein dedans cette semaine. J’ai fait, en quelque sorte, une expérience scientifique. C’était mardi soir. J’étais convié avec quelques autres journalistes à prendre un verre au ministère des relations avec le Parlement par le locataire des lieux, Jean-Marie Le Guen.

Il voulait nous vendre un petit livre qu’il publie et qui s’intitule La gauche qui vient. Cette « gauche qui vient » de Le Guen, je peux vous dire que ce n’est pas vraiment celle qu’on croise quand on va lui rendre visite. Car son ministère est situé rue de Varenne, à deux pas de Matignon. Et mardi, c’était, comme souvent, jour de manif’…

Résultat, en allant chez Jean-Marie Le Guen, j’ai croisé des dizaines et des dizaines de personnes bardées d’autocollants : « Socialistes trahison », « Hollande démission », ou brandissant des pancartes fustigeant la loi Travail de Myriam El Khomri.

Surtout, en arrivant rue de Varenne, j’ai du franchir deux barrages de police et j’ai compté dans la rue, 32 cars de CRS ! Pas un de moins. Il faut dire que la manif’, plutôt violente, arrivait juste au bout de la rue, sur l’esplanade des Invalides.

Et une fois à l’intérieur du ministère, c’était changement d’ambiance. J’étais passé du côté de l’autre gauche, la gauche moderne, ouverte à la mondialisation, la gauche qui aime l’entreprise et la réforme. Une gauche prête à tendre la main à tous les Républicains et donc à une partie de la droite, bref, la gauche de Manuel Valls dont Jean-Marie Le Guen est l’un des principaux porte-flingue.

Autour d’une coupe de champagne et de quelques petits fours, Le Guen n’a pas caché son exaspération pour la gauche du passé, et notamment ces fameux frondeurs qu’il gère tant bien que mal, et plutôt mal d’ailleurs puisque dans la majorité on le surnomme le ministre des mauvaises relations avec le Parlement.

Au bout d’une heure d’un conversation détendue, plutôt sympa, on est ressorti dans la rue. On a entendu les bruits de quelques détonations, on a observé les CRS en mettre en mouvement, bref, on a retrouvé la gauche qui pique les yeux, à cause des grenades lacrymogènes et on s’est dit que oui, décidément, Manuel Valls a raison, il y a bien désormais dans ce pays, deux gauches irréconciliables.

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