Par Marcelo Wesfreid.

C’est devenu une pratique désormais systématique. Avant chaque réforme, on remet un rapport au gouvernement. Mais, au fait, à quoi ca sert, ce genre de document ?  

Bonne question ! Prenons le rapport Borloo. Le gouvernement charge une personnalité, en l’occurrence un ancien ministre de la Ville, de se pencher sur le sort des banlieues. Comment on les aide ? Comment on évite les ghettos ? Jean-Louis Borloo rencontre du monde, il pond 160 pages. Et le Jour J, on convoque la presse à Matignon. Le document est remis en grande pompe. Le premier ministre fait semblant de le découvrir, il le feuillette devant les caméras. Il y a tout une mise en scène. Et puis qu’est-ce que tout ca devient ? Pas grand chose. Ce rapport d’ailleurs risque d’être rangé dans un tiroir. On verra mardi, car Macron prépare un discours sur le sujet, mais je vous en cite un ministre, qui nous a dit cette semaine, hors micro : « Borloo, il est gentil, mais où on les trouve les 42 milliards de son plan ? Il croit qu’on a l’argent ?» 

Alors, pourquoi commander des rapports si c’est pour se moquer du résultat ?   

L’important est ailleurs. La remise d’un rapport ca sert avant tout à lancer un débat. On prépare les esprits. Par exemple, souvenez-vous, le rapport sur notre dame des landes. Ça a permis au gouvernement d’instiller l’idée qu’on pouvait moderniser l’aéroport actuel de Nantes. C’est la solution qui sera retenue. Un rapport, c’est l’occasion pour le pouvoir de tester une option. Si tout le monde est contre, on recule. Regardez le rapport Spinetta. Jean-Cyril Spinetta expliquait que ça allait très très mal à la SNCF. Qu’il fallait réformer de fond en comble. Au final, le gouvernement a repris toutes ses propositions, sauf la fermeture des petites lignes. Il a bien vu que ça coinçait chez les élus locaux.   

Comment se fait le choix des auteurs de ces rapports ?  

Évidemment, le gouvernement ne choisit pas les auteurs au hasard, il peut nommer des gens qui lui sont proches, mais aussi des élus qu’il faut occuper, mettre en valeur ou qu’il faut calmer. C’est comme ça qu’on a demandé un rapport sur l’intégration au député en Marche Aurélien Taché, de l’aile gauche de la majorité, au moment où ça commençait à tanguer. Au final, ça fait beaucoup de pages noircies, qui viennent finir dans les armoires des ministères. Un grand cimetières à idées.

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