Par Solenn de Royer

Demain se tiendra un Conseil européen consacré à la question des réfugiés : un dossier explosif qui fait tanguer le couple franco-allemand.

Les accolades pleines de tendresse sur le perron de l’Elysée, la tête d’Angela posée sur l’épaule de François, c’était beau…mais c’était avant ! Avant la crise des réfugiés, qui a tendu les relations entre Paris et Berlin.

Il y a un épisode qui a fait beaucoup de dégâts. C’est cette fameuse réunion secrète, à la veille du sommet Europe-Turquie, entre Merkel et le Premier ministre turc , dans un hôtel de Bruxelles. Comme vous le savez, la chancelière n’a pas proposé à Hollande de se joindre à eux ! Certes, Berlin a appelé l’Elysée, à la première heure le lendemain, pour les tenir informés du plan négocié pendant la nuit. Mais le mal était fait. La France a été zappée, traitée comme n’importe quel pays de l’UE.

Hollande et Merkel ont repris la main sur le dossier grec hier à l'Élysée.
Hollande et Merkel ont repris la main sur le dossier grec hier à l'Élysée. © MaxPPP

A l’Elysée, on fait pourtant comme si tout cela était parfaitement normal, car il faut préserver les apparences ! Mais je peux vous dire que ce « cavalier seul » de Merkel a été très mal vécu côté français. J’ai parlé avec un haut diplomate, que je n’avais jamais vu comme ça. Il était rouge de colère. Il parle de « consternation » quand les français ont découvert le « pot aux roses ». Je le cite : « On est tombés de l’armoire ! Merkel a agi dans le dos de la France et des Européens ! Elle est aux abois, elle est prête à tout ! »

En fait, au fond de ce refroidissement, il y a des divergences : Merkel reproche à Hollande d’être frileux , en retrait sur la question des migrants alors qu’il faudrait déployer toutes ses forces pour trouver une solution. A la fois pour tarir le flux des migrants, qui frappent aux portes de l’Europe. Mais aussi pour accueillir les demandeurs d’asile, ceux qui fuient la guerre en Syrie. Une responsabilité historique. Merkel parle de son « fichu devoir ». Mais elle se sent bien seule !

A Paris, on rapproche à l’Allemagne d’avoir voulu accueillir trop généreusement ces migrants, puis d’avoir changé d’avis ! En réalité, Hollande pense secrètement à 2017 et au FN. Il estime que les attentats ont crispé la société française. Et que l’opinion n’est pas prête à accueillir des dizaines de milliers de réfugiés.

Mais François Hollande fait tout pour préserver les apparences. Dans son interview à Elle , début mars, il flatte Merkel. Quand on lui demande quelle « grande figure féminine » l’a « inspiré », il répond… Angela !

A Berlin par contre, on semble avoir tiré un trait sur François Hollande. Il y a un petit signe qui ne trompe pas. Dans le « Hollande tour », notre petite troupe de journalistes accrédités à l’Elysée, on croisait souvent le correspondant du magazine Die Zeit.Ce journaliste allemand m’a dit l’autre jour qu’il allait consacrer moins de temps à François Hollande pour commencer à suivre… Alain Juppé ! Tout est dit.

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