J’étais à l’Élysée vendredi après-midi, quelques heures avant les attentats, et j’ai trouvé le Président particulièrement tendu.

François Hollande
François Hollande © IAN LANGSDON/EPA/MaxPPP

C'était censé être une simple cérémonie. Comme il y en a, toutes les semaines, ces remises de décoration, le quotidien de la vie, au Palais. Là, en l'occurrence, François Hollande arrive, donc vendredi, vers 12h30 dans les jardins de l'Élysée. Il monte sur une petite estrade ; il y a une cinquantaine de personnes devant lui.

Il doit remettre le prix de la meilleure photographie de presse, décerné par un jury. Lui, il est juste là pour dire quelques mots et saluer le vainqueur.

En fait, il y en avait deux. La première, c'est une photographie du 11 janvier. Vous vous souvenez, la fameuse manifestation des chefs d'État après Charlie . Là, le Président qui est d'habitude badin, qui aime faire des blagues, est étonnamment grave. Il a des mots presque prémonitoires. Il nous dit : « Il y aura forcément d'autres moments comme cela ».

Ensuite, il passe à la seconde photo. Là, on est dans un sujet qui - a priori - n'a rien à voir avec l'actualité. C'est sur les commémorations des cent ans de la mort de Jean Jaurès . On est le 31 juillet 2014. Sur l'image, on voit François Hollande assis dans le café Le Croissant, là où Jaurès a été assassiné.

Le Président, sur le cliché, regarde au loin. Il y a une affiche de Jaurès qui a été placardée à côté de lui, sur une vitre. Du coup, sur la photo, on dirait que Jaurès, le père du socialisme français, mais aussi le grand pacifiste tué à la veille de la Première Guerre mondiale, est en train de prendre un café avec Hollande. La scène est étonnante.

Le Président nous explique à quoi il pensait ce jour-là : « J'essaie, nous dit-il, non pas de me mettre cent ans en arrière, mais de penser à la guerre, tout simplement à la guerre. A ces guerres qu'on ne peut pas arrêter, qui sont des processus ».

On le voit, à neuf heures des attentats, il avait l'esprit totalement obnubilé par la question des menaces.

C'est troublant. Je ne sais pas si le Président était en possession d'informations particulières sur l'imminence d'une attaque, ou si c'est à cause de l'ensemble des indices, des arrestations récentes, qu'il exprimait des inquiétudes. Mais c'était vraiment frappant de voir Hollande dans ce registre si grave, alors qu'il s'agissait d'une cérémonie banale.

Et pour ne rien arranger, quand on est sortis, il y avait une alerte à la bombe devant l'Élysée. Toute l'avenue de Marigny était fermée. Les démineurs en action. Des portes de l'Élysée sur l'une des ailes fermées. Ambiance tendue au sommet de l'État, à quelques heures seulement du désastre.

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