Par Charlotte Chaffanjon, journaliste politique à l'hebdomadaireLe Point

La semaine qui vient de s'écouler est révélatrice de tous les maux de l'UMP

duel fn-ump au second tour de la cantonale partielle de brignoles
duel fn-ump au second tour de la cantonale partielle de brignoles © reuters

C’est une semaine témoin, qui permet d’établir un état des lieux de l’UMP. Autant le dire tout de suite : l’état n’est pas bon.

Commençons dimanche dernier. À Marseille, le PS offre un curieux spectacle avec le premier tour de sa primaire. Une ministre éliminée qui accuse la gagnante de triche, de corruption, et même d’user de pratiques,"paramilitaires": c’est trop beau! Et pourtant, rien. Aucune critique de l’UMP… Un silence assourdissant.

Pourquoi ce silence ? Souvenez-vous, il y a moins d’un an, l’élection du président de l’UMP avait viré au fiasco. À côté, l’affaire de Marseille, c’est une fable pour enfants. Ne serait-ce que parce que, le PS a au moins réussi à qualifier deux candidats pour le second tour! Jean-François Copé et François Fillon s’était déchirés pendant des semaines et c’est Jean-François Copé qui avait fini par donner l’explication, en juin 2013 :

C’est un peu hallucinant. Surtout que Copé avait refusé d’organiser une nouvelle élection. Il est un président fragile, qui n’a aucune légitimité pour donner des leçons de démocratie à qui que ce soit.

Et puis il y a eu, à Brignoles, dimanche, la victoire du FN face au candidat de l'UMP. Et le lendemain, lundi, les dirigeants de l’UMP étaient avares de déclaration alors qu'ils adorent passer leur journée sur les plateaux télé. C’est qu’au fur et à mesure que le FN progresse, l’UMP se noie dans son débat interne sur la question. Faut-il opter pour le ni-ni de Jean-François Copé? Suivre Fillon dans sa complexe théorie du «moins sectaire des deux»?

Personne n’en sait rien, personne ne sait plus quoi faire du problème FN. C’est un peu embêtant, alors qu’il est le premier parti de France dans les intentions de vote pour les européennes.

Pendant ce temps, à l'UMP, une déclaration est un peu passée inaperçue . Et c’est dommage. Xavier Bertrand a confirmé qu’il était candidat à la présidentielle de 2017. Oui, oui, Xavier Bertrand… Jean-François Copé et François Fillon n’ont qu’à bien se tenir. Pas besoin d’être devin pour savoir que d’ici l’automne 2016 – et les primaires de l’UMP pour désigner le candidat à la présidentielle– d’autres feront la même déclaration. Au hasard: NKM, Bruno Lemaire, Laurent Wauquiez, peut-être même Alain Juppé et Michèle Alliot-Marie! Bref, sortez le pop-corn, la guerre de chefs ne fait que commencer… On le sait: ce n’est jamais au bénéfice des débats de fond.

Et Nicolas Sarkozy dans tout ça ? Voilà qui nous amène à jeudi. L’UMP va organiser demain une convention sur l’avenir du parti. C’est en réalité la réunion sur l’inventaire du mandat de Sarkozy, voulue par Jean-François Copé. Mais la plupart des ténors de l’UMP vont boycotter, parce qu’ils n’ont envie ni de s’auto-flageller, ni d’insulter l’avenir.

C’est dommage, parce que sur de nombreux sujets, il est peut-être temps de faire le bilan des années Sarkozy : je pense notamment aux 35 heures, fustigées par Copé et Fillon, mais qu’ils n’ont pas touchées en étant au pouvoir.

La gauche n'a pas à pas se réjouir de l’état actuel de l’opposition, parce que pendant le mandat de Nicolas Sarkozy, le PS était exactement dans le même état. Le congrès de Reims en 2008 avait viré à la guerre entre Ségolène Royal et Martine Aubry, les idées étaient délaissées au profit du débat sur le style des candidates, Dominique Strauss Kahn flottait à la manière de Sarkozy au dessus de son parti comme la promesse de lendemains meilleurs. François Hollande a fini par l’emporter, mais c’est surtout sur le rejet de Nicolas Sarkozy. L’UMP n’a plus qu’à espérer que François Hollande se prenne tout seul les pieds dans le tapis. C’est, à cette heure, sa seule chance de victoire.

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