Retour sur la polémique née de la publication d’un rapport sur l’intégration aussitôt enterré.

la politique d'intégration remise en cause
la politique d'intégration remise en cause © reuters

François Hollande récolte ce qu’il a semé… Ou plutôt ce qu’il n’a pas semé. Il aurait pu se passer de cette polémique s’il avait été plus clair sur ses convictions en matière de laïcité, d’immigration et d’intégration. Faute d’avoir préparé le terrain, il a dû réagir à chaud et entre deux portes pour contrecarrer les attaques de l’opposition.

Pendant la campagne présidentielle il n’a jamais tenu un grand discours sur ces sujets. Pourtant il en avait un tout prêt qui lui avait été préparé par deux conseillers de l’époque : Aquilino Morelle, aujourd’hui à l’Elysée, et un certain Manuel Valls. Il était prévu qu’il le prononce un mois à peu près après son grand discours du Bourget. Il n’en fut rien.

On ne sait pas ce que le président pense des concepts d’intégration, d’assimilation, des relations que doit entretenir l’Etat avec les religions. La seule proposition concrète de Hollande candidat était l’inscription dans la Constitution de la loi de 1905 sur la séparation de l’église et de l’Etat. La convocation du Parlement n’est pas à l’ordre du jour.

Il faut dire que la gauche n’est pas très unie sur ces questions. D’un côté vous avez les tenants d’une prise en compte des différences culturelles, ethniques ou religieuses dans la constitution d’une « vivre ensemble républicain ». De l’autre, ceux plus assimilationnistes, qui mettent la laïcité au dessus de tout. On retrouve d’ailleurs cette ligne de fracture à droite, entre assimilation et intégration. Nicolas Sarkozy lui-même ne s’était pas fait une religion entre ces deux notions.

Peut-être sont-elles d’ailleurs dépassées comme le pensent certains sociologues. Car quoi qu’on en dise, le flux de l’immigration dans notre pays n’a plus rien à voir avec ce qu’il était jusque dans les années 70. Les défis ne sont plus les mêmes. Aujourd’hui, les questions les plus urgentes ne concernent pas les primo-arrivants - moins nombreux - mais les Français issus de l’immigration et nés en France. Et leur situation souvent précaire relève essentiellement d’une inégalité économique et sociale.

Voilà autant de points sur lesquels il est urgent qu’on entende François Hollande. Comme le dit l’un de ses proches conseillers: « les sujets de société sont des sujets du président ».

Manuel Valls a d’ailleurs réclamé une prise de parole du chef de l’Etat. C’est passé inaperçu parce que ça n’a pas été dit de façon aussi tranchée que par Cécile Duflot qui avait sommé le président de s’exprimer sur les Roms. Maisce n’est tout de même pas anodin.

Manuel Valls a construit sa popularité sur une ligne très ferme, sur les principes républicains. En réclamant une prise de parole du président ce qu’il avait déjà fait après l’affaire Leonarda, il peaufine sa différence. C’est peut-être un calcul personnel mais sur le fond Manuel Valls n’a pas tort : le sujet est assez grave pour que François Hollande s’en empare. Et ce pour couper court à la machine à fantasmes qui nourrit l’extrême-droite. A défaut, il pourrait lui être reproché de faire le jeu du Front National pour affaiblir la droite et en tirer un bénéfice électoral.

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