On l’a vue hier à Dijon défendre l’ordre public, on devrait la voir demain à l’Ile de Sein commémorer l’appel du 18 juin. Marine Le Pen est partout… Et pourtant, elle traverserait une mauvaise passe, selon Jannick Alimi.

Le Président du Rassemblement National Marine Le Pen en conférence de presse, 16 juin 2020 à Dijon
Le Président du Rassemblement National Marine Le Pen en conférence de presse, 16 juin 2020 à Dijon © AFP / PHILIPPE DESMAZES

Les derniers sondages montrent que Marine Le Pen ne dégringole pas mais ne perce pas non plus. C’est déjà très satisfaisant au vu de la cote générale de la classe politique et celle d’Emmanuel Macron, plus singulièrement. Mais, pour la patronne du RN, ce n’est plus du tout le satisfecit que lui renvoyaient les sondages lors de la crise des Gilets jaunes, à la veille des élections européennes où le parti lepéniste était arrivé en tête. 

Deuxième point noir, ce sont les municipales qui ne déboucheront probablement sur aucune percée majeure du RN, à l’exception peut-être de la conquête de Moissac dans le Tarn-et-Garonne et surtout de Perpignan. Enfin, la décision de justice tombée hier qui condamne le FN dans l’affaire des kits de campagne des législatives 2012, pour « recel d’abus de biens sociaux » ne redore pas le blason d’un parti qui a fait du rejet du « tous pourris » une marque de fabrique. 

Pourquoi  une telle baisse de régime ?

Ce n’est certainement pas en raison de l’absence de chef. Car malgré quelques cartes postales envoyées par Marion Maréchal, Marine Le Pen reste la patronne incontestée du RN. Les raisons de ce sur-place sont ailleurs. Marine Le Pen, malgré une dizaine d’années à la tête de son parti, n’a pas su l’ancrer dans le territoire. Une faiblesse d’autant plus dommageable que la crise du coronavirus a re-crédibilisé les élus locaux, qui, pour la plupart, sont socialistes, communistes, centristes, LR, écologistes… Enfin, la stratégie de dé-diabolisation montre aujourd’hui ses limites.

Sauf exception, les municipales prouvent que des alliances restent le fruit défendu pour les élus LR. Mais c’est surtout la remise en cause idéologique, souhaitée par Marine Le Pen, qui est à la peine. Difficile de critiquer l’Europe quand on ne plaide plus pour le Frexit ou la sortie de l’euro. Difficile d’être « gaullienne » comme elle aime à se qualifier, quand on refuse d’être une gaulliste et donc une pro-décolonisation et une anti-pétainiste. Si les ex-partis d’extrême droite, italien et autrichien ont fait leur autocritique, le RN s’y refuse toujours officiellement. Alors les chances de Marine Le Pen de se retrouver au second tour de la présidentielle s’amenuisent-elles ? Que ceux qui s’en réjouissent ne le fassent pas trop vite car le RN a un allié de poids : l’abstentionnisme. 

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  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
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