Par Renaud Dély

Alors que droite et gauche se déchirent sur la loi El Khomri, le FN a disparu.

C’est dans ces moments-là qu’on s’aperçoit qu’on parvient à vivre très bien sans lui. Mais après des mois de saturation médiatique, avouons que l’on est un peu surpris de ne plus entendre du tout l’extrême droite. Si,Marine Le Pen et les siens se font si discrets, c’est qu’ils n’ont rien dire, car ils ne savent pas ce qu’ils pensent de la loi El Khomri de réforme du marché du travail. Ils sont à la fois un petit peu pour… et très contre. Et quand ils sont contre, ils le sont pour des raisons diamétralement opposées.

Sur ce volet, le Front National verse dans la schizophrénie. Jetons un œil à ses deux derniers communiqués sur le sujet. L’un est signé du FNJ, les jeunes du Front National. Il réclame le retrait du projet El Khomri, un texte « de précarisation généralisée qui condamne les jeunes à être des « employés-jetables ». Le même communiqué salue implicitement le « retrait du plafonnement des indemnités prud’homales » et l’extension de la « garantie jeunes ». Nous voilà à peu près sur les positions de l’Unef et de la CGT. Le souci, c’est que le même jour, un autre communiqué, signé de Nicolas Bay, le numéro trois du parti, déplore lui que « le sort et les intérêts de nos entreprises, accablées de taxes et d’impôts et en proie à des surcharges administratives n’entrent nullement dans les considérations de ce gouvernement ». Nous voilà cette fois sur les positions du patronat, et plus précisément de la CGPME.

le front national remporte onze villes aux municipales
le front national remporte onze villes aux municipales © reuters

Pour le FN, la loi El Khomri serait donc à la fois trop libérale et trop étatiste, parce qu’en interne, le fossé se creuse entre les partisans d’une ligne disons « sociale », emmenée par Florian Philippot, et les tenants d’une ligne économique plus « libérale », plus droitière, poussés par Marion Maréchal Le Pen. Et Marine Le Pen, elle, « ne dit tellement rien qu’on va finir par se rendre compte qu’elle ne pense rien », se moque un dirigeant FN.

Alors rassurez-vous, il y a quand même un sujet qui resserre les rangs, c’est l’islam, évidemment !

Le parti s’affole d’un article de la loi El Khomri qui stipule que la «liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses » est limitée « par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise ». Bref, cette phrase n’est rien d’autre que la définition de l’exercice de la laïcité dans l’espace public. Mais le FN y voit le début de «la guerre de religion à l’entreprise » ! Le fantasme religieux excite l’extrême droite, la réalité sociale le fait taire. Au moment de choisir un sujet pour l’affronter, les opposants au FN seraient bien inspirés d’y penser…

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