La décision de suspendre le vaccin AstraZeneca a été prise, lundi, dans la foulée de la suspension annoncée par l’Allemagne. Comme si les deux décisions étaient liées.

France-Allemagne : le pas de deux
France-Allemagne : le pas de deux © AFP / JOHN MACDOUGALL

Pour l’opposition, c’est évident : cet enchaînement est la preuve qu’avec Emmanuel Macron, la France n’a plus aucun poids politique, qu’elle se met à la remorque de l’Allemagne

Cette critique, elle ulcère les proches d’Emmanuel Macron. Qui disent : si les Allemands donnaient le ton, nous aurions fait comme eux : nous aurions fermé les écoles en décembre. Ce qui n’a pas été notre stratégie.

Cela n'empêche pas les ministres de reconnaître, hors micro, qu’il y a bien eu un effet domino dans cette affaire AstraZeneca. Un ministre m’a dit hier : « On s’était mis d’accord avec les Allemands pour attendre l’avis des autorités de santé européenne. Mais Merkel n’a pas attendu. Elle nous a lâchés, pour des raisons de politique intérieure. »

Ce n’est pas la première fois : on a eu le même scénario il y a deux semaines à propos de la Moselle

L’Allemagne a imposé des restrictions aux frontaliers français. Le gouvernement de Jean Castex s’est retrouvé devant le fait accompli. 

Ce qui irrite aussi les macronistes, c’est que l’Allemagne est souvent citée en exemple par leurs opposants, qui se font un malin plaisir d’appuyer là où cela fait mal. En rappelant que le système allemand est moins vertical, moins bureaucratique. 

Que l’Allemagne n’a pas hésité, elle, à monter des vaccinodromes, qu’elle a vacciné, elle, massivement dès le premier jour, qu’elle a mieux résisté à la première vague, qu’elle avait plus de respirateurs, etc. 

En arrivant à l’Elysée, Emmanuel Macron espérait relancer le couple franco-allemand, il reste du chemin à parcourir

On en est loin. Cette crise sanitaire montre à quel point le couple franco-allemand ne va pas bien. Oh bien sûr, la situation ne date pas d’aujourd’hui. Notre voisin regarde de plus en plus vers les pays d’Europe centrale. Et nous, on continue à alimenter l’illusion qu’on est une grande puissance. Influente. 

Quand l’Union européenne a adopté le plan de relance à 750 milliards. Le gouvernement a immédiatement salué une « victoire historique » d’Emmanuel Macron, car jamais l’Allemagne n’avait accepté jusque-là l’idée d’un endettement partagé. 

En bref, c’est un peu je t’aime moi non plus, cette histoire. On verra si la relation entre nos deux pays changent à partir de septembre prochain, puisqu’Angela Merkel va quitter le pouvoir après 16 ans aux manettes. Une page se tourne.

L'équipe
  • Marcelo WesfreidJournaliste au service politique du Parisien / Aujourd'hui en France