Hier Marcelo Wesfreid racontait la tension troublante qui régnait à l'Élysée vendredi, juste avant les attentats. Ce matin, je vous raconte comment le sommet de l’État a vécu les toutes premières minutes qui ont suivi les attaques.

Car elles méritent d'être racontées ces premières heures qui ont suivi l'annonce des attentats, avec cette petite phrase étrange glissée à l'oreille de François Hollande vers 21h30 par son garde du corps au Stade de France : « Monsieur le Président, le Quick a sauté ». Hier, au congrès de Versailles, on a tous vu un Hollande en chef de guerre, martial, impérial même dans son battle dress face à Daech. Mais vendredi soir, c'était un autre homme. Un homme fait, comme vous et moi, de chair et de sang. Un homme, père de quatre grands enfants. Un homme aussi qui a compris, pour la première fois, qu'on voulait attenter à sa vie et que la guerre n'était plus à 3 000 km de là mais en plein Paris. Et tous ceux qui l'ont croisé à ce moment-là m'ont décrit un Président « assommé », « sonné », « K.O debout » même. On l'a tous senti à sa voix, chevrotante, à la télévision.

Pourtant, il a décidé d'aller avec Manuel Valls en pleine nuit, au Bataclan. C'était juste après l'intervention du Raid. Une vision d'horreur, un cauchemar. Personne ne l'a raconté, mais le Président en est sorti abasourdi, sous le choc. Un conseiller m'a confié en off : «Ils ont fait ce qu'il ne fallait surtout pas faire, ils sont allés voir les corps. Après ça, ils étaient comme des zombies... » Le pire, peut-être, c'est ce qu'un commissaire de police leur a raconté par la suite. Cet homme est l'un des premiers à être entré dans la salle. Et il leur a dit cette chose terrible, inimaginable : il s'attendait à un silence de mort et partout, il entendait les sonneries des portables des jeunes gens tués par les balles avec, à l'autre bout du fil des amis et des parents désespérés.

François Hollande, Bernard Cazeneuve et Manuel Valls au Bataclan
François Hollande, Bernard Cazeneuve et Manuel Valls au Bataclan © capture d'écran

La politique, c'est un monde impitoyable : on n'a pas le droit de flancher. Si je vous raconte ça, ça n'est pas pour les faire passer pour des faibles. C'est pour vous montrer que les politiques aussi ont un cœur, des émotions, même s'ils n'ont pas le droit de les montrer, surtout en période de crise, car il faut rassurer. J'ai un souvenir de Nicolas Sarkozy, après l'affaire Merah. Il avait vu le corps d'une fillette de huit ans, abattue d'une balle en pleine tête. On parlait avec lui, on était une poignée, et soudain il a eu les larmes aux yeux. Hier, un ministre m'a raconté que samedi soir, une fois qu'il a été tout seul chez lui, une fois loin des caméras, il a fondu en larmes. Humains, je vous dis.

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