Par Carl Méeus, rédacteur en chef duFigaro Magazine

C'est un sacré paradoxe : on ne parle que de Front National ces derniers temps, mais le parti de Marine le Pen n’est pourtant pas au centre de la vie politique.

les intentions de vote en faveur du front national progressent
les intentions de vote en faveur du front national progressent © reuters

Tout est fait pour nous faire croire que le parti de Marine Le Pen est devenu le pivot de la vie politique. Le sondage paru dans le Nouvel Obs jeudi dernier en est une parfaite illustration : interrogés sur leurs intentions de vote aux prochaines élections européennes, les Français ont placé le FN en tête avec 24% devant l’UMP (22%) et le PS (18%). Et tout le monde de considérer que le FN est devenu le premier parti de France ! Et tout le monde de disserter sur ce parti qui serait au centre de la vie politique. L’emballement médiatico-politique autour de la cantonale partielle de Brignoles participe de la même idée.

Ecoutez ce qu’en disait Jean-Christophe Cambadélis qui commentait ce scrutin lundi dernier :

Le PS aimerait bien faire du FN l’enjeu des prochaines élections municipales. C’est même toute sa stratégie : faire monter le parti de Marine Le Pen en espérant qu’il sera suffisamment haut pour provoquer des triangulaires et permettre aux élus et candidats socialistes de se maintenir ou de gagner des villes. C’est la raison pour laquelle Jean-Christophe Cambadélis parle du FN en le plaçant au centre de la vie politique, c’est la raison pour laquelle le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a décidé de multiplier les déplacements dans les villes et de focaliser son discours sur le FN.

Tout est fait pour exclure l’UMP du débat et montrer aux Français que le seul parti d’opposition c’est le FN. Vieille tactique qui consiste à diviser son opposition pour mieux régner. Nicolas Sarkozy a tenté de le faire au début de son quinquennat en essayant de faire du NPA, le Nouveau parti anticapitaliste d’Olivier Besancenot son adversaire principal. Plus il disait craindre le NPA, plus on en parlait et plus il espérait affaiblir le PS.

Cette stratégie n’a pas vraiment marché. Comme quoi, les pièges à cons ne marchent pas toujours, ce qui est somme toute rassurant ! Et les socialistes feraient bien d’en tirer des leçons et de tenir compte des dernières élections partielles.

Car depuis un an, dans le Val de Marne, l’Oise, le Lot-et-Garonne et maintenant le Var, c’est le candidat de la gauche qui a été éliminé dès le premier tour ! Aujourd’hui, le FN prend des voix à la gauche et quand il faut mobiliser pour le second tour contre lui, une bonne partie des électeurs de gauche, entre 15 et 20%, se reportent en fait sur les candidats frontistes ! Difficile de faire pire pour la gauche !

N’est pas François Mitterrand qui veut. Quand l’ancien président faisait monter le FN, le parti de Jean-Marie Le Pen prenait des voix à la droite. On l’a vu aux législatives de 1986 : le changement de mode de scrutin a fait entrer un contingent d’élus FN à l’Assemblée et a privé la droite RPR-UDF d’une nette victoire.

Aujourd’hui, le contexte est totalement différent puisque ce sont les électeurs de gauche qui viennent grossir les rangs des électeurs frontistes ! A vouloir mettre le FN au centre du jeu pour exclure l’UMP, le PS prend le risque de se faire exclure lui-même lors des prochains scrutins !Cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Ah oui, l’histoire de l’arroseur arrosé !

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