Par Benjamin Sportouch, journaliste politique pour le magazineL'Express

les intentions de vote en faveur du front national progressent
les intentions de vote en faveur du front national progressent © reuters

C'était dimanche la rentrée de Marine Le Pen et l'on est bien loin des années où la classe politique débattait de l'interdiction du Front national.

Ce n’est plus le cas et c’est tant mieux. Le seul qui continue à réclamer l’interdiction du Front, c’est le dirigeant d’un autre Front, Jean-Luc Mélenchon, dans sa croisade anti-racisme mais aussi par calcul politique, puisqu’il estime que l’électorat du FN est un vivier contestataire qu’il pourrait récupérer. Mais à part Mélenchon, plus personne ne porte cette revendication.

Les autres responsables politiques ont bien compris que, selon l’adage, ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la fièvre. Sauf qu’avec la fin de cette question, on en a enterré une autre, à tort car elle est toujours d’actualité: le Front national est-il un parti républicain ? Et là la réponse devrait être clairement non.

  • Pourtant , quand on pose la question aux dirigeants des formations républicaines on les sent bien embarrassés.

En effet, Valérie Pécresse par exemple était l’invitée de France 2 dans l’émission « On n’est pas couchés ». Ecoutez sa réponse :

Pas très à l’aise l’ancienne ministre du Budget. Et ces tergiversations entretiennent la confusion.

Certes le Front national est un parti démocratique. Il entend conquérir le pouvoir dans le cadre du système électoral en vigueur, en se pliant à ses règles. Rien ne dit que s’il parvient à ses fins, il ne les changera pas mais pour l’instant il reste dans les clous. En revanche, ce n’est pas un parti républicain, car son programme pille les fondations même de la République.

  • Par exemple ?

Lorsque le Front national prône l’idée de « préférence nationale », il crée deux catégories de citoyens. Il touche du même coup au triptyque constitutif de la République : liberté, égalité, fraternité en supprimant l’égalité de chacun devant la loi. Et cela suffit à le placer hors du champ républicain.

Par un maquillage sémantique, Marine Le Pen parle aujourd’hui de « priorité nationale ». Mais le résultat est le même : un apartheid stigmatisant les étrangers et en premier lieu, les musulmans. Je dis en premier lieu parce qu’une première inégalité est souvent annonciatrice de biens d’autres discriminations. Et que chacun d’entre nous peut au final en être la victime, chacun avec sa différence, la plus minime soit-elle.

-Dimanche soir, François Hollande a rappelé que le FN n’était pas un parti comme un autre.

Le chef de l’Etat a fait état de ce qui unit les Républicains de tous bords, mais il aurait pu être plus offensif encore en dénonçant l’incompatibilité irréversible du Front national avec la République. Ce n’est pas diaboliser les électeurs de la famille Le Pen que de le rappeler. François Hollande a manqué l’occasion de refermer la page nocive qu’avait ouverte Nicolas Sarkozy dans l’entre deux tours de la présidentielle.

Le président-candidat avait alors jugé que le FN était compatible avec la République. Une terrible méprise. Différencier République et démocratie c’est, sans tomber dans la caricature, rappeler que les systèmes liberticides peuvent trouver une légitimité dans les urnes. Ne pas faire le distinguo participe du processus de normalisation que Marine Le Pen recherche alors que les fondamentaux de son projet ne sont en rien différents de ceux de son père.

C’est aussi tout simplement dire que la fin du front républicain c’est la République qui se meurt.

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