Cette semaine, le baromètre Ipsos pour Le Point sur les personnalités préférées des Français est lourd d’enseignement sur la rupture entre les partis politiques et le reste de la population . On se doutait qu’il y avait une cassure entre les appareils politiques et la population, entre les élus et leurs électeurs. Et bien on peut même ajouter : entre les militants des partis politiques, qui sont de moins en moins nombreux – autour de 200 000 à l’UMP et autour de 60 000 au PS – et le reste de l’opinion. Le baromètre mensuel est révélateur de ce point de vue. Je vais d’abord prendre l’exemple d’Emmanuel Macron. Ipsos nous apprend que, par rapport au mois dernier, le jeune ministre de l’Economie gagne 12 points d’opinions favorables chez l’ensemble des Français mais surtout, il gagne 18 points chez les sympathisants du Parti socialiste! Il y a évidemment un phénomène de nouveauté, personne ne connaissait Macron il y a quatre mois, mais ce n’est pas que ça. Il a présenté début décembre sa loi pour la croissance et l’activité, une loi très critiquée au PS où elle est jugée trop libérale, au point que beaucoup de parlementaires ont l’intention de voter contre. Eh bien, Emmanuel Macron, qui ne cesse de bousculer l’orthodoxie socialiste, est la plus forte hausse du mois et pendant ce temps, Martine Aubry, qui trouve que travailler plus de dimanche par an est une « régression », perd trois points. Cela veut dire que les sympathisants socialistes, donc pas forcément encartés au PS mais qui se sentent proches de ces idées, sont près à des évolutions. Beaucoup plus qu’une partie de leur dirigeants. Qu’en fait ce qu’ils reprochent au gouvernement, c’est l’absence de résultats, et aussi le fait de ne pas comprendre où mène sa politique, vous savez le fameux cap. Ce n’est pas du tout de vouloir s’attaquer aux 35 heures ou de prévoir plus de travail le dimanche qui fait du mal à la gauche. Et Macron en est le symbole.La même rupture existe aussi à droite . Nicolas Sarkozy a été élu par les militants de l’UMP avec 64 % des voix le 29 novembre. Il est président du parti, il est content. Mais dans notre baromètre c’est la catastrophe complète. Chez les sympathisants UMP, en un mois, l’ancien président de la République perd 16 points d’opinions favorables et il perd 4 points chez les Français….

Pour l’UMP ce sont les militants qui ont voté, donc un socle de sarkozystes solide, mais très maigre en réalité à l’échelle de l’électorat. Dès qu’on passe chez les sympathisants, donc un corps électoral plus large, il ne reste plus grand monde pour adhérer. Ce que Nicolas Sarkozy n’a pas voulu voir c’est que toutes les études d’opinion depuis deux ans disent la même chose, que les Français ne souhaitent pas son retour. Il s’est concentré sur sa base de fans, et il peut le payer cher, dans le cadre d’une primaire par exemple. Parce que la primaire pour désigner le candidat en 2016, elle est censé être ouverte à tous les sympathisants. En tout cas, c’est ce que les socialistes avaient fait en 2011, et avec 3 millions de votants cela avait offert à François Hollande une dynamique considérable. Si Nicolas Sarkozy continue comme ça, il y a de forte chance pour qu’il cherche par tous les moyens à restreindre le corps électoral de la primaire. Ce sera compliqué à justifier, mais s’il ne le fait pas, ca risque d’être très compliqué pour lui, face à un Alain Juppé, au hasard. Ou même face à un certain Bruno Le Maire, qui explose dans les sondages depuis qu’il a osé affronté Sarkozy pour la présidence de l’UMP.

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