Quatorze partis politiques, de gauche, du centre et de droite, appellent à se rassembler contre l’antisémitisme, demain, partout en France. Une initiative qui a suscité une série de polémiques avec notamment Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan...

Ces polémiques politiciennes sont choquantes; alors que, d’une année sur l’autre, les actes antisémites ont – selon les statistiques officielles – progressé de 74% ; que presque chaque manifestation de Gilets jaunes donne lieu ici ou là, à des injures antisémites, jusqu’à l’agression dont a été victime Alain Finkielkraut samedi dernier, cette incapacité de notre classe politique à se réunir autour d’un sujet aussi grave est déplorable.  Après quelques bisbilles avec Olivier Faure, le patron du PS, Jean-Luc Mélenchon devrait être au rendez-vous mais tout en manifestant son désaccord avec les autres partis de gauche. 

Quant à Marine Le Pen, les organisateurs n’ont même pas daigné l’inviter. Pourtant, depuis qu’elle a pris les rênes du parti d’extrême-droite, elle s’est toujours montrée irréprochable. Mais peut-être qu’au fond cette désunion politique est révélatrice d’ambiguïtés que les déclarations de façade chercheraient à dissimuler.

Quand on entend, hier, des personnalités de gauche et plus généralement proches des Insoumis remettre en cause la nature antisémite de l’acte dont a été victime Alain Finkielkraut ou peut-être pire encore lui trouver une justification, cela me paraît d’une gravité extrême. Jean-Luc Mélenchon, lui, ne peut, un seul instant, être soupçonné d’antisémitisme, mais lorsqu’il tweete qu’il est « conscient de l’instrumentalisation de l’antisémitisme », il cède aux sinistres sirènes de la frange la plus gauchiste de son mouvement. Plus généralement tous les partis qui n’ont cessé de jeter de l’huile sur le feu de la colère des Gilets jaunes en fermant les yeux sur les dérapages antisémites dans l’espoir de capter une part de cet électorat ont entretenu l’ambiguïté. 

L’union contre l’antisémitisme n'est pas impossible, mais la brutalisation du débat public lié à la monté des partis extrêmes en même temps que la prolifération des discours de haine sur Internet et le développement de ce qu’il est coutume d’appeler « la fachosphère » nourrissent l’antisémitisme. Nier cette réalité ou même la relativiser est une forme de complicité.  Face à cela la responsabilité des politiques est considérable. Au-delà des désaccords, des rivalités, des oppositions, le combat contre l’hydre sans cesse renaissante ne suppose aucune réserve, aucun atermoiement. Le rendez-vous de demain ne suffira pas à l’éradiquer mais il peut-être l’occasion pour tous les dirigeants politiques de renvoyer un message clair, et pour une fois sans ambigüités.

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