Rien ne se passe comme prévu dans ces municipales. D’où une ambiance étrange. Pour ne pas dire anxiogène. L’affaire Griveaux a réveillé une peur. Et si, des puissances étrangères cherchaient à nous déstabiliser ? À influer sur nos élections ?

La psychose d'une ingérence étrangère dans l'affaire Benjamin Griveaux
La psychose d'une ingérence étrangère dans l'affaire Benjamin Griveaux © AFP / MARTIN BUREAU

Dès samedi, d’ailleurs, dans une conférence, Emmanuel Macron a ciblé la Russie. Et ses opérations d’ingérence. Et puis, il a eu ces mots, presque un aveu : nous devons « renforcer nos défenses technologiques ». 

Soyons justes. A ce stade, personne ne sait si les Russes sont impliqués, de près ou de loin, dans la fuite de vidéos pornos qui ont fait exploser la candidature Griveaux. Mais la psychose, elle, s’est emparée de toute la macronie. 

Un député influent m’a dit : « On est des bisounours, on se laisse attaquer trop facilement. Comment est-il possible que le site internet à l’origine de cette affaire soit resté aussi longtemps ouvert ?». 

Il a raison : il y a un peu de naïveté chez nous

Alors que la Russie, mais aussi Israël, les Etats Unis et plein d’autres Etats utilisent des officines ou des armées numériques. 

Le paradoxe, c’est que l’entourage de Macron connaît bien le sujet. Rappelez-vous : 2017. L’équipe de campagne s’était fait pirater ses mails. Il y avait eu aussi des fake-news. Le soit-disant compte de Macron aux Bahamas. 

Certes, il y a maintenant une loi pour lutter contre les fake news pendant les élections. Quant aux ministres, ils ont tous un téléphone Samsung spécial, avec plein de sécurités à l’intérieur pour éviter l’espionnage. 

Mais c’est un appareil difficile à utiliser. Il a tellement de défenses que vous ne pouvez pas écrire de longs SMS. Du coup, les membres du gouvernement rebasculent tous sur leur bon vieux téléphone. Sans protection. 

Les ministres qui vont à l’étranger, font-ils attention ?

Il y a des ministres qui refusent maintenant de laisser leurs téléphones au vestiaire, avant une rencontre officielle avec leur homologue. Ils font semblant de le déposer dans un casier et ils le passent à leur officier de sécurité.

J’ai aussi croisé un parlementaire qui rentrait récemment de Chine. Eh bien figurez-vous que la DGSE, c’est-à-dire le contre-espionnage français, lui a pris pendant six heures son téléphone pour vérifier qu’il n’était pas infecté. 

Bref, on est au tout début d’une prise de conscience collective. Il reste encore beaucoup à faire. La présidentielle, c’est dans quasiment 800 jours.

L'équipe
  • Marcelo WesfreidJournaliste au service politique du Figaro, en charge du suivi de l'exécutif.
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