C’est un petit communiqué passé inaperçu ou presque : le Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a annoncé hier la création d’une « direction des plateformes en ligne », chargée de leur régulation « systémique » ...

Cela n’a l’air de rien, mais c’est profondément inquiétant. Le CSA, rappelons le, n’avait au départ de légitimité pour réguler des radios ou télévisions privées que du fait de leur occupation d’un domaine public rare, comme on dit en droit, c’est à dire les fréquences hertziennes. Une légitimité aujourd’hui douteuse tant cela passe souvent par le numérique, où il n’y a aucune rareté. 

Mais maintenant, voici que le CSA se pose en régulateur global du numérique, puisque les plateformes, Google, Facebook etc, en sont les portes d’accès. Un cauchemar orwellien potentiel.

Mais il y a tout de même un problème de contenus haineux sur ces plateformes… 

Absolument ! Mais il y a la justice, pour cela. Avec ses garanties, ses droits de la défense. Le CSA, c’est l’administration. Voici donc un recul historique pour l’Etat de droit.

Alors certes, le champ d’action du CSA est encore limité, et puis son président actuel, Roch-Olivier Maistre, est un homme sympathique, intelligent, et personnellement attaché aux libertés. Mais enfin, il ne fait qu’appliquer la loi et la volonté gouvernementale de faire du CSA le super-gendarme de la liberté d’expression.

Par ailleurs, on ne sait pas qui sera demain à l’Elysée, et qui désignera donc son successeur au CSA, et aura ainsi un levier sur les plateformes. Il faut imaginer la puissance de ces dernières, déjà dangereuse, entre les mains d’un Etat par nature gonflé d’hubris, et potentiellement dirigé un jour par un personnage peu démocrate. Tragique. Surtout, c’est l’indifférence générale qui est effrayante.

Parce que l’ambiance est aux meutes qui veulent faire taire l’adversaire. On signale sur Twitter, on réclame des purges aux télévisions et radios, au nom de la vertu. Chacun la sienne.

L’économiste Julia Cagé, marquée à gauche, énonçait hier, ici même, des propositions de régulation des médias, qui, pour partie, reviennent à une ingérence dans leur gouvernance, et à leur soumission à la corporation des journalistes. Une corporation si peu diverse et si orientée – à gauche - que cela reviendrait à une mise au pas. 

« La République vit de liberté », disait Clemenceau, qui, lui défendait celle de ses adversaires. Reviens, Georges, ils sont devenus fous !

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