Ils n’ont qu’un mot à la bouche, les amis du Président, le mot « lucidité » . Quand on demande dans quel état d’esprit est François Hollande, la réponse la plus récurrente ces dernières semaines, c’est : « il est lucide ». En gros, il est conscient que la situation est difficile. C’est explosif au PS, voyez les fameux frondeurs, et puis, bien plus important : les Français ne voient pas les résultats de sa politique se traduire dans leur vie, alors que l’amélioration aurait dû arriver il y a plusieurs mois.

françois hollande risque de payer cher la réforme territoriale
françois hollande risque de payer cher la réforme territoriale © reuters

En nous disant que François Hollande est lucide, ceux qui le voient travailler nous disent: pas d’inquiétude il y a un pilote dans l’avion et même, il sait ce qu’il fait.

Cette histoire de Président lucide, elle a déjà été à la mode. François Hollande disait en mars 2013 : « je suis lucide, je suis conscient, je regarde et j’entends ». Et pendant sa campagne présidentielle, il promettait : je le cite « une espérance lucide ».

Un président qui ne serait pas lucide, ce serait un comme un pilote de formule 1 qui n’aurait pas son permis. Mais justement, le problème c’est que cette insistance ne fait que souligner une réalité cruelle : ce n’est pas sa lucidité qui a marqué le quinquennat, c’est tout le contraire, c’est son déni ! Et le pire c’est que cela a démarré par un déni… calculé. L’histoire commence à se savoir : François Hollande ne voulait pas déprimer les Français, alors il a minimisé la situation du pays.

Pendant que le Président faisait tout pour ne déprimer personne, le chômage ne baissait pas, les salaires n’augmentaient pas. Bien pire, François Hollande est à ce moment-là passé à côté d’une réalité critique : la crise n’était pas seulement violente, elle allait aussi être très longue.

Ce péché originel, il le paye toujours, il ne parvient pas à regagner dans l’opinion la crédibilité perdue à ce moment-là. Et ce ne sont pas des prophéties auto-réalisatrices qui peuvent arranger ses affaires.

Si je vous dis toute la journée que la courbe du chômage va s’inverser, vous allez bien finir par y croire. Michel Sapin qui était ministre du Travail jusqu’en mars, l’a tellement dit et répété qu’il a désormais la réputation d’être un optimiste béat. Deux ans après l’élection de François Hollande, il y a toujours beaucoup de chômage. Je ne dis pas que le gouvernement ne fait rien pour l’emploi, mais ça donne le sentiment qu’il ne réalise pas encore un fois à quel point la situation est compliquée.

D’ailleurs, les sondages sont toujours très mauvais. Parce que le sentiment que François Hollande est un peu à côté de la plaque est profond, et d’autres affaires y ont contribué . Je pense à l’affaire Cahuzac. François Hollande avait des doutes, c’est une certitude. Dans le fond, ça l’arrangeait de ne pas voir, de ne pas savoir, on a bien vu le résultat.

Prenons une autre affaire marquante, l’affaire Léonarda. François Hollande avait proposé à la jeune fille de revenir en France sans ses parents… Cela aussi ça reste, un Président qui ne réalise pas l’effet dévastateur d’une telle proposition. Il y en a un d’ailleurs qui n’était pas d’accord à ce moment-là, c’était Manuel Valls. Depuis, il est devenu Premier ministre. Pour l’instant, il a toujours donné le sentiment de réaliser la situation. Il lui reste trois ans pour confirmer qu’il est le plus lucide d’entre eux.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.