Je suis fasciné par cette réforme des élections départementales. Elles nous montrent ce vers quoi tend la politique aujourd’hui : le je ne sais quoi et le presque rien. Un compromis branlant qui reste suspendu dans le vide. Le gouvernement dépose un texte avec un objectif annoncé, qui est la suppression du département. Mais le Parlement ne l’entend pas de cette oreille. Après de nombreux amendements, le texte est finalement vidé de sa substance . On apprend donc que les départements auront droit à un sursis. Enfin pas complètement nous explique-t-on, car leur mort est finalement programmée, mais en douceur, dans très longtemps, quand les communautés d’agglomérations les auront définitivement phagocytées. Du coup, on baptise quand même ces élections cantonales de « départementales », histoire de semer un peu plus la confusion.

Si les élections départementales serviront au moins à une chose: la féminisation de la classe politique, ce n'est pas son but principal.Il était d'abord question de simplifier le mille feuille, d’ôter une couche administrative . Cette antienne de la politique des territoires n’est pas nouvelle. Jean-Pierre Raffarin en avait fait sa réforme principale en 2002. Il voulait réduire le département et renforcer les régions. Mal lui en a pris! Après une consultation qui se voulait exemplaire, il a débouché sur une réforme… qui renforçait les pouvoirs des départements contre les régions. Quelques années plus tard, il y a eu la réforme territoriale de Nicolas Sarkozy. Elle fusionnait les élus régionaux et départementaux. Mais Hollande l’a enterrée une fois élu.

Finalement, les départements sont voués à disparaitre: ils finiront par mourir à force d’être désossés, et vidés. Mais il faudra du temps, car en France, on n’arrive pas à changer du jour au lendemain. En France, on avance toujours en crabe. Cette loi départementale montre la difficulté qu’il y a à organiser le changement dans ce pays. Tout y est toujours virtuel. De même que ce fameux libéralisme qu’on reproche à François Hollande: il est en fait complètement virtuel, car il ne touche à aucun des vrais sujets de blocages de la société française, ni le marché du travail, ni l’assurance chômage, ni le salaire minimum. En fait le département est un peu le symbole du blocage français. On sait ce qu’il faut faire, mais on n’y arrive pas . C’est comme si quelque chose de viscéral dans notre pays s’y opposait. On a aboli le Franc, mais rassurons-nous, le département règne toujours. Tout comme le béret et la baguette de pain. Et bientôt, paraît-il, on reviendra au Franc.

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