Par Ava Djamshidi, journaliste politique auParisien/Aujourd'hui en France

François Hollande est reçu aujourd'hui dans les territoires palestiniens sous les meilleurs auspices. Hier, ce sont les autorités israéliennes qui lui avaient déroulé le tapis rouge.

en israël, françois hollande reste ferme sur le dossier nucléaire iranien
en israël, françois hollande reste ferme sur le dossier nucléaire iranien © reuters

Vous ne rêvez pas, oui, un tapis rouge, ça change des bonnets, mais aussi des huées, et des sifflets qui ont accueilli le président en marge des commémorations du 11 novembre. A mille lieux aussi des slogans assassins qui le tancent à longueur de manifestations. Vous avez tous entendu les chiffres historiques de sa toute petite petite cote de popularité. Bref, ce n'est pas nouveau, ça fait dix-huit mois que ça dure : dans son pays, François Hollande cristallise tous les mécontentements.

En revanche, sur la scène internationale, la situation est bien plus reluisante avec l'intervention au Mali, saluée de l'Orient à l'Occident. Il y aussi eu la libération des otages au Cameroun puis au Niger. Et surtout, la position ferme adoptée par la France dans les négociations sur le nucléaire iranien. Dans ce dossier, Hollande a surpris tout le monde en étant plus ferme que les Etats-Unis. Il semble que le Président se soit pris au jeu de la diplomatie. Mieux, on dirait bien que ça lui réussit.

Pourtant, ce n'est pas vraiment sur le champ de la politique étrangère que le Président était attendu.

Et ce, pour plusieurs raisons. D'abord, François Hollande n'a jamais été un grand bourlingueur. D'ailleurs, à chaque fois qu'il se rend dans un pays, il y a de bonnes chances pour qu'il n'y ait jamais mis les pieds. Il faut aussi se rappeler que pendant sa campagne, il n'a passé que très peu de temps à l'étranger contrairement à ses prédécesseurs. Rien d'étonnant pour celui qui a passé l'essentiel de sa carrière tourné vers la politique intérieure, voire locale. La Corrèze avant le Zambèze en quelque sorte. Au point de négliger en route cet aspect essentiel de la fonction présidentielle. Quand il arrive à l'Elysée, c'est un vrai néophyte. Un puceau de l'étranger, diront même certains diplomates. Il va devoir apprendre. 50% de son agenda est consacré aux affaires internationales. Il est d'ailleurs très surpris par la proportion si importante que prennent ces dossiers dans son emploi du temps. Mais Hollande n'a pas le choix. Il plonge vite dans le grand bain. Et il y prend goût.

On l'écoute, c'était le 2 février, à plus de 4 000 km de Paris... au Mali!

Comment s'explique ce revirement ? En France, on lui reproche de ne pas savoir trancher. De chercher à concilier des positions inconciliables en permanence. De ne rien faire à force de vouloir mettre au point des synthèses biscornues. Rappelez-vous la petite phrase de Martine Aubry : Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup ! Et bien ce qui est sans doute un défaut agaçant voire rageant en politique intérieure est devenu son atout maître en politique étrangère. Dans l'univers feutré de la diplomatie, Hollande se révèle très à l'aise. Il n'est pas dans l'affrontement mais dans le contournement. Voilà ce qui fait de lui un négociateur si habile.

Où Francois Hollande a-t-il appris l'art de la tractation ? Sans doute au Parti socialiste, où pendant près de trente ans, il navigue et louvoie entre les courants, les motions, et les barons. Finalement, avec les Iraniens ou les Américains, c'est pareil. La diplomatie, c'est un jeu de dupe, une scène de théâtre, une partie de poker menteur.

Si Hollande est aussi à l'aise dans ce panier de crabe globalisé c'est sans doute parce que son passé de secrétaire du PS lui a inculqué des réflexes de diplomate affûté, les alliances de revers, les petits coups de Jarnac.

Son tempérament l'aide sans doute aussi. La sympathie, la tape dans le dos, l'humour, la chaleur, la retenue et le « self-control »... Autant d'atouts qui font de lui, un véritable diplomator.

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