Après le discours de Manuel Valls et avant la grande conférence de presse de François Hollande en fin d’après midi, le PS va-t-il éclater ?

rendez-vous à la rochelle pour un parti socialiste divisé
rendez-vous à la rochelle pour un parti socialiste divisé © reuters

Sur le papier, il y a de moins en moins de raison. Depuis la rentrée, Manuel Valls a discrètement infléchi son discours. Comme le demande les plus à gauche au PS, il ne dit plus qu’atteindre les 3 % de déficit est l’objectif principal. Au contraire puisque La France ne s’imposera pas d’aller en dessous de 4,3 % en 2015.

Et puis il ne manque plus une occasion de rappeler aux entreprises qu’elles doivent apporter des contreparties au pacte de responsabilité. Il souligne l’importance du dialogue social, il annonce un geste pour les petites retraites, il veut supprimer une tranche de l’impôt sur le revenu. En gros il veut redonner du pouvoir d’achat pour que la relance arrive aussi par la consommation. On dirait du Montebourg !

Mais malgré tout ça, les frondeurs continuent de fronder. On l’a vu : 32 socialistes se sont abstenus lors du vote de confiance. Ils n’ont tout simplement pas digéré que Manuel Valls arrive si haut, si vite. Ils n’en reviennent pas de voir ce Sarko de gauche, qui avait fait un score ridicule à la primaire de 2011, leur dicter la voie à suivre. Les plus à gauche, les proches de Benoît Hamon, d’Arnaud Montebourg, de Martine Aubry, ne reconnaissent pas l’autorité de Valls parce qu’ils la prennent pour de l’autoritarisme. Ils ne reconnaissent pas sa légitimé parce qu’ils le considèrent comme minoritaire au sein du PS. Alors, jusqu’au bout, ils vont lui mettre des bâtons dans les roues.

Le Premier ministre n’a donc aucun moyen de calmer la fronde. Il n’y a pas d’autre solution, pour Valls, que de gérer au jour le jour, texte par texte, presque amendement par amendement. On va le voir très vite avec l’examen du Budget au Parlement. Une trentaine de députés vont tout faire pour l’épuiser. Ou alors, il peut écouter cette ministre qui me disait récemment qu’il fallait se poser la question du maintien des frondeurs au sein de la majorité. Ce qu’elle disait, en gros, c’est « s’ils ne sont d’accord avec rien, et bien qu’ils s’en aillent ».

Les frondeurs ne pourraient pas partir de leur plein gré, parce que ce qu’ils veulent, c’est reprendre le contrôle au PS, rien que ça ! Leur calcul est simple : Hollande ne pourra pas gagner une présidentielle sans le soutien de toute la gauche.

Il sera donc obligé d’ouvrir un troisième temps du quinquennat dans lequel il cherchera à se réconcilier avec les Verts, avec les communistes, pourquoi pas même à amadouer le Front de gauche face à un ennemi commun : Nicolas Sarkozy. Pour cela, il faudra nommer Martine Aubry par exemple, ou bien Claude Bartolone, au poste de Premier ministre, pour se redonner du rose aux joues. Et ce sera leur heure de gloire, à eux, les frondeurs.

Dans l’entourage de Manuel Valls, quand on entend ce scénario, au mieux on éclate de rire, au pire on prend un air dépité. « C’est une vaste farce. Hollande n’a pas fait tout ça pour se retrouver des années en arrière. »

Un proche de Valls résume l’affrontement en disant : « Ce sont les anciens contre les modernes. Ceux qui vont à la fête de l’huma sont les même qui bloquent les réformes. Une vieille gauche archaïque qui vit au XXème siècle. »

Et comme on imagine assez mal Cécile Duflot, humiliée fin août par Valls qui a charcuté sa loi logement, ou Jean-Luc Mélenchon, qui dit pis que pendre du couple exécutif, se ranger derrière eux, oui il pourrait y avoir une multitude de candidature à gauche. Eviter ça, c’est un peu la mission impossible d’un homme, le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis. Ce nostalgique de la gauche plurielle essaie de ménager tout le monde pour créer les conditions d’un rassemblement. Un ancien ministre qui le connaît très bien résume : « Sa hantise, c’est d’être le Premier secrétaire d’un nouveau 2002. » Car le risque, c’est bien celui-là.

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