Tous les candidats veulent changer le système. Ça été le thème phare de cette campagne. Et pourtant, ils sont loin d’être étrangers à ce système.

Les candidats anti-système ?
Les candidats anti-système ? © AFP / JEAN-PIERRE CLATOT

Par Marcelo Wesfreid.

On dit que cette campagne est folle et imprévisible. Je la trouve surtout paradoxale. Les candidats promettent tous de changer le système, de mettre un coup de balais à la classe dirigeante. Ils ont tous compris que les Français veulent du renouveau, qu’il y a un rejet. Sauf que les candidats, qui se présenteront dimanche devant 43 millions de Français, sont l’émanation de ce système.

De Mélenchon à Jean Lassalle, des candidats pourtant issus du système

Prenons Jean-Luc Mélenchon. Il veut que les élites, la caste des professionnels de la politique, dégagent. Pourtant Mélenchon, il était sénateur à 35 ans. Il est resté au sénat pendant 18 ans, il a dirigé un conseil général, il a été ministre, député européen. C’est aussi le plus gros patrimoine des onze candidats. Le plus gros, soyons précis, après Nicolas Dupont Aignan : un autre anti-système, qui n’est pas non plus un novice. Il était déjà chef de cabinet de Bayrou en 1993. François Fillon ne s’était pas privé de le rappeler lors du débat télévisé. Fillon qui fait la leçon, mais qui n’est pas non plus le perdreau de l’année. Il a été élu député pour la première fois en 1981. Il a occupé tous les postes. Président de région, de département, député, sénateur, et premier ministre.

Et le candidat qui a cumulé le plus de mandats est ...

L’AFP s’est amusée à regarder qui avait le plus d’expérience. Les journalistes ont comparé les carrières des candidats. Ils ont additionné les années de mandats. En faisant comme si les élus ne cumulaient pas, mais enchaînaient les mandats.

Et c’est Jean Lassalle qui gagne la palme avec 106 années de mandats cumulées. Il est en effet maire de Lourdios Ichère, un petit village des Pyrénées Atlantiques depuis 40 ans, conseiller général pendant 33 ans, député depuis belle lurette. Mais à la télé, avec son accent inimitable, il se présente comme « berger, fils de berger, frère de berger ». Il en fait des tonnes sur le thème "je ne connais pas les codes."

Emmanuel Macron, lui, est jeune, jamais élu. Cela a été un bon point pour lui, dans cette campagne. Mais ses adversaires ne sont pas privés de pointer qu’à 39 ans, il avait quand même passé six ans auprès de Hollande, qu’il est banquier, qu’il est énarque. Enarque comme d’ailleurs Jacques Cheminade et François Asselineau.

Bref, finalement, le vieux monde, même montré du doigt, n’a pas dit son dernier mot.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.