Manuel Valls au cœur de la crise politique car il a sorti de sa manche le 49.3. Mais l’origine de la crise est plus ancienne.

Manuel Valls, le 21 janvier 2015
Manuel Valls, le 21 janvier 2015 © Reuters / Philippe Wojazer

Depuis qu’il est à Matignon, Manuel Valls n’a de cesse de vouloir prouver son autorité. C’est sa nature, et puis il y avait aussi, à la base, une volonté de rompre avec son prédécesseur, Jean-Marc Ayrault. Manuel Valls considère véritablement que le manque d’autorité est un frein à la mise en œuvre des réformes.

Il a d’ailleurs assez vite prouvé qu’il ne comptait rien laisser passer. Souvenez-vous : il avait réagi très violemment, à la fin de l’été, quand Arnaud Montebourg et Benoît Hamon avaient exprimé leurs divergences sur la ligne économique. Ni une, ni deux, il les avait mis dehors, et avait demandé aux ministres restants de faire allégeance à sa ligne. « L’autorité », c’est comme cela qu’il a lui-même justifié sur le plateau du 20 heures de TF1, l’utilisation du 49.3 pour faire passer la loi Macron mardi soir dernier:

Nous avons aussi besoin d’autorité pour redresser le pays, nous ne pouvions pas jouer aux dés avec un texte aussi important que celui présenté par Emmanuel Macron

Sur le fond, c’est cohérent. Mais sur la forme, ça peut être contre-productif.

Dans le cas de la loi Macron, c’est ce qui s’est passé. Mardi, à l’Assemblée, Manuel Valls a exhorté les députés socialistes à voter le texte. Selon le récit des présents, il hurlait quasiment sur eux, jusqu’à finalement crisper tout le monde. « C’était de l’intimidation », ont rapporté plusieurs élus. Pour être clair, Manuel Valls leur a dit que dans une situation de crise comme celle que connaît la France, en allusion aux récentes attaques terroristes, il fallait être « responsable ». On est dans une forme de chantage affectif et cela a franchement braqué ceux qui étaient déjà crispés.

Mais il est comme ça, Manuel Valls : beaucoup plus rugueux que François Hollande. Pas du genre à passer des heures à arrondir les angles. Il n’aime pas les résistances. Plus généralement, il est déstabilisé lorsqu’il ne maîtrise pas une situation. Cela s’est encore vu très récemment…

Il était en déplacement à Marseille la semaine dernière pour vanter les bons résultats du gouvernement en matière de sécurité. Sa visite, qui était très bien préparée, a été percutée par un événement impossible à prévoir : des tirs de kalachnikovs dans la cité de la Castellane. J'étais sur place et je peux vous dire que Manuel Valls était très, très crispé. Il aurait pu adapter son discours, mais à la place, il s’en est pris toute la journée à la presse, qu’il a accusée de ne pas s’intéresser aux annonces qu’il avait à faire.

Manuel Valls peut changer ?

Non, il ne va pas changer, surtout que sa méthode lui a plutôt bien réussi jusque-là. Unanimement, les ministres lui reconnaissent son rôle de chef.

En revanche, si lui n’a pas l’intention de changer, il aimerait bien que des choses changent. On entend de plus en plus, dans les couloirs du pouvoir, qu’un remaniement devrait survenir après les élections cantonales de mars. Manuel Valls en a envie, il dit qu’« il faut que ça bouge. » C’est vrai que composer un nouveau gouvernement, c’est encore une manière de garder la main ferme.

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