Par Benjamin Sportouch, journaliste à L'Express.

"Nous sommes à moins de deux semaines du congrès de l’UMP - ou plutôt du premier congrès des Républicains, son nouveau nom. Mais déjà aujourd’hui se joue un moment important dans la stratégie de Nicolas Sarkozy. C’est aujourd’hui que se décide la composition du bureau politique du futur parti des Républicains: son gouvernement, son instance dirigeante. Cela passera assez inaperçu en ce jour de mobilisation anti réforme du collège mais c’est tout sauf anodin parce qu’il n’y aura qu’une seule liste - 80 noms au total - paritaire, et surtout avec un panachage de les toutes les sensibilités : juppéistes, fillonistes, lemairistes, bertrandistes et sarkozystes bien sûr. Elle sera validée par tous les candidats putatifs ou déclarés à la primaire de novembre 2016. L’idée de cette liste unique, si elle est bien finalisée aujourd’hui, vient de Nicolas Sarkozy car le président de l’UMP veut absolument donner l’image d’un rassembleur. En apparence en tout cas.En effet, Nicolas Sarkozy est assez rôdé pour tirer bénéfice d’une contrainte . En étant le plus fervent défenseur du rassemblement, il tente de gommer son passé volontairement clivant, y compris dans son camp.

Pour autant, sous couvert de construire le mouvement de tous, il le structure surtout pour lui. Avant même d’en faire un parti d’adhérents il veut en faire un parti de supporters. Par exemple, l’UMP vient de lancer une nouvelle application sur téléphone : et bien chaque personne qui la télécharge est considérée comme un « sympathisant ». Et Nicolas Sarkozy pourra se féliciter de mobiliser très largement.

Et puis de temps à autre l’ex chef de l’Etat n’hésite pas à se démarquer de ses principaux rivaux et notamment d’Alain Juppé . Par exemple dans une interview récente au Journal du Dimanche , il feignait de ne pas s’offusquer que l’ancien Premier ministre soit contre l’interdiction du voile à l’université pour mieux insister sur une position qu’il sait majoritairement rejetée dans son camp. C’est le Sarkozy du « soit dit en passant »…Pourquoi ses adversaires les plus sérieux ne le défient pas dès maintenant? Parceque celui qui l’attaquerait serait perçu comme un diviseur. Des soutiens de Juppé le poussent cependant à ne pas trop attendre de peur de laisser Sarkozy gagner la guerre sans avoir à la mener vraiment. Et d’être sacré dimanche 30 mai devant 20 000 militants. Un juppéiste rappelle ainsi que Chirac n’a pas hésité à aller au clash avec Giscard pour créer le match.

Il faudra écouter attentivement le discours d’Alain Juppé porte de la Villette le 30 mai prochain: on saura alors si le Chiraquien écoutera ceux qui lui disent d’aller au combat quitte à essuyer de nouveaux sifflets. Après tout, en son temps aussi Nicolas Sarkozy en avait subi quand il avait soutenu Balladur face à Chirac. Et ce ne fut que le début de sa partie."

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