Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a été limogé. C'est une décision prise par le pouvoir après les violences du week-end sur les Champs-Elysées. Il fallait trouver un coupable : une technique classique en politique, mais finalement assez peu utilisée par Emmanuel Macron.

Michel Delpuech
Michel Delpuech © AFP / Thomas SAMSON

Par Marcelo Wesfreid

Emmanuel Macron ne fait pas partie de ces politiques qui coupent des têtes pour trouver des boucs émissaires. D’ailleurs, le préfet de police Michel Delpuech qui vient de sauter… cela faisait longtemps qu’il était sur la sellette. Au début de l’affaire Benalla, quand il n’avait pas repris la version officielle de l’Elysée. Au début des gilets jaunes aussi. Mais il n’avait jamais été vraiment menacé.  

Quand il limoge quelqu’un, c’est que le président n’a pas le choix. Il le fait en dernier recours. Là, samedi dernier, c’était une situation dramatique. 80 commerces vandalisés. Les Champs-Elysées ravagés. Et le ministre de l’Intérieur qu’il faut protéger en faisant sauter un fusible. 

Souvenez-vous aussi de l’attentat de la gare Saint-Charles en 2017. Deux filles poignardées par un islamiste qui venait d’être libéré…. alors qu’il était sans papiers, qu’il avait commis un vol. Le préfet de la région Auvergne-Rhône Alpes avait été viré.

Emmanuel Macron utilise cette pratique au compte-gouttes. Et pourtant, pendant la présidentielle, il avait promis de mettre l’administration sous pression...

Oui, il devait même instituer ce qu’on appelle le « spoil system ». C’est-à-dire un système, comme aux Etats-Unis, où vous faites valser les directeurs d’administration pour n’avoir que des gens à votre solde, qui vont appliquer votre politique. Il ne l’a jamais mis en application. 

Au fond, son seul acte d'autorité marquée, pour ne pas dire d'autoritarisme, a été d'éjecter son chef d'Etat major en 2017, le général de Villiers, qui avait critiqué le budget des armées en commission de la Défense, à l'assemblée nationale.

Au lieu du spoil system, Macron a choisi de faire confiance à la haute fonction publique. Pour la responsabiliser, il a réduit la taille des cabinets ministériels pour que les patrons de directions aient plus de poids dans les décisions. Mais ça n’a pas donné de résultats. Les administrations, qui savent que les ministres passent, n’ont pas joué le jeu... 

Pourquoi Emmanuel Macron n’aime-t-il pas trancher dans le vif ?

Il sait que s’il braque la haute fonction publique, déjà très décriée, il n’a plus aucune chance de réussir la transformation du pays. Du coup, il lui a tressé des louanges pendant les grands débats. 

Ajoutons à ça, un petit côté personnel et sociologique : c’est son milieu, sa caste diraient ses détracteurs. Il a baigné dans cette technostructure. Une sorte de corporatisme inconscient… 

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