Après le mouvement des gilets jaunes, le gouvernement doit faire face à une autre colère: celle des maires de France qui se réunissent en Congrès, mardi à Paris. Emmanuel Macron qui avait prévu de s’y rendre ne viendra finalement pas, mais il a écrit hier soir pour tenter d’apaiser la contestation.

Le malaise des maires est grand, et ce n'est pas une lettre pour vanter tout ce qui a été fait pour eux depuis un an et demi qui suffira à le dissiper. D’autant que l’absence d’Emmanuel Macron, mardi, alors qu’il avait promis d’être présent à une manifestation qui doit rassembler entre 10 000 et 15 000 personnes, apparaît aux yeux de beaucoup d’édiles comme une dérobade. 

Mais au-delà des postures et des bise-billes entre le pouvoir et l’Association des maires de France, il faut bien comprendre que le malaise de ces élus est profond. Pensez que selon une enquête du CEVIPOF, publiée la semaine dernière, près de la moitié des maires en place envisagent de ne pas se représenter en 2020. Et les raisons sont simples: le flou quant à la compensation pour les communes de la taxe d’habitation qui va être supprimée ; une refonte de la fiscalité locale, et plus globalement les difficultés – en particulier financières - de plus en plus grandes que rencontrent les maires pour répondre aux attentes de leurs administrés.  

Cette tension traduit-elle là encore une opposition entre la France des villes et la France des campagnes ?  

Il y a dans cette forme de désespérance des maires notamment en milieu rural, le même sentiment d’abandon qu’éprouvent leurs populations. Abandon du pouvoir central, abandon d’un certain nombre de services publics (transports, hôpitaux…) et même dans certains cas la difficulté quand ce n’est pas l’incapacité à assurer la sécurité. Quand on ajoute à ce tableau des finances parfois exsangues, on comprend qu’un maire sur deux ne veuille pas se représenter. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si nombre de ces maires soutiennent les « gilets de jaune ». Dans les deux cas il y a cette terrible impression d’être les oubliés du pays.

Quelles conséquences politiques cela peut-il avoir ?  

Cela témoigne d’abord du grave dysfonctionnement de notre décentralisation ! Et quand on se souvient des extrêmes tensions qu’il y a eu fin septembre entre l’Exécutif et le Congrès des régions, on peut redouter une possible rupture entre le pouvoir et les collectivités locales. Nous n’en sommes pas là mais il y a urgence à agir et à redonner aux maires les moyens de fonctionner. Alors que les corps intermédiaires, sociaux politiques ou associatifs, n’ont jamais semblé aussi faibles, Emmanuel Macron ne peut laisser les communes s’affaiblir davantage. Le maire demeure bien un acteur essentiel de notre démocratie et ce sont des maires forts et motivés dont notre démocratie a besoin.

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