Par Solenn de Royer

Le candidat à la primaire de la droite, Bruno Le Maire, vient d’inaugurer son QG de campagne…

Et j'ai participé à la visite. C’était bondé ! La petite entreprise de Bruno Le Maire, troisième homme de la primaire, fonctionne si bien qu’il a dû doubler la surface de son QG ! Ce QG, il se trouve dans le quartier latin. Cela se veut branché : briques blanches (à la New-Yorkaise) ou murs bleu canard… C’est biscornu, il y a des escaliers partout.

Ce soir-là, Bruno Le Maire a pris le micro. Il a juré que son QG était à l’image de sa campagne : " ouvert, transparent, sans hiérarchie…Vient qui veut, entre 8h et minuit !"

En fait, ce n’est pas si simple : le bureau du chef se situe tout en haut, sous les combles, c’est un parcours du combattant pour y accéder. Le soir de l’inauguration, un invité a voulu monter : il s’est fait gentiment raccompagner.

Enfin, qu’importe ! Ce qui est intéressant, c’est qu’un QG de campagne, ça fait partie du récit politique du candidat.

Le choix du QG fait partie d’une stratégie de communication . C’est un premier message. En 2012, Nicolas Sarkozy avait installé son QG dans le 15ème arrondissement. Un quartier normal, familial, classe moyenne. Sarkozy voulait casser son image bling bling. Et se démarquer de François Hollande, qui, lui, avait loué un hôtel particulier grand luxe (1 000 m2) dans le 7ème, LE quartier chic.

Ce QG de Sarkozy était sobre, austère, vraiment pas glamour. Quand son éminence grise, Emmanuelle Mignon, avait ouvert son bureau, la poignée lui était restée entre les mains. Elle se souvient d’avoir pensé : « ça commence bien… »

QG
QG © Radio France / CDEVILLERS

Dans un QG, les places sont chères . Quand on y entre, il faut faire un peu de géopolitique pour comprendre à quoi ressemblera le futur pouvoir. Ceux qui ont un bureau dans le QG du vainqueur sont fléchés pour le gouvernement ou l’Elysée. C’est donc la lutte pour la vie pour y entrer !

Sauf, évidemment, dans les QG des loosers. En 1995, celui de Chirac avait été inauguré dans une atmosphère crépusculaire : pas un chat ! Il était au plus bas dans les sondages. Un député m’a raconté que Chirac avait invité une vingtaine d’élus à diner. Les ¾ n’étaient pas venus, sans prévenir.

Evidemment, quand il a remonté dans les sondages, il a fallu recruter des hôtesses en quatrième vitesse pour accueillir tous les nouveaux amis du futur président…

Aujourd’hui, il y a un QG qui ne désemplit pas: c’est celui d’Alain Juppé ! Le soir de l’inauguration, les invités faisaient la queue, jusque dans l’escalier. C’est un QG provisoire. Fin 2015, Gilles Boyer, bras droit de Juppé, a prévenu le propriétaire : « On partira dans un an. Soit parce qu’on n’aura plus besoin de rien. Soit parce qu’on aura besoin de plus grand… »

La politique, c’est parfois simple comme l’immobilier : montre-moi ton QG, je te dirai qui tu es.

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