René Rémond a théorisé « les trois droites » : la droite orléaniste, la droite bonapartiste, la droite légitimiste. Mais si on parlait aujourd’hui des trois gauches ?

Par Alexis Lacroix.

Tous les commentateurs politiques se souviennent du travail du politologue René Rémond qui a marqué les esprits et changé la science politique.

Récemment, quand la bataille Sarkozy-Fillon-Juppé a fait rage, les trois droites ont été invoquées – à juste titre. Mais personne n’a eu l’idée de continuer le jeu…

Je vous propose d’appliquer cette grille à l’autre grande force politique rivale : la gauche.

Une gauche travaillée et déchirée par une primaire très âpre, mais surtout une gauche où les animosités personnelles sont peut-être moins importantes que les clivages idéologiques – il suffit de bavarder avec les protagonistes pour s’en rendre compte.

Quelles sont ces trois gauches ? Commençons par la gauche orléaniste. Elle existe bien dans ce paysage d’avant-présidentielle. Elle est un pôle « disruptif » comme on dit chez les communicants… De même que les orléanistes de droite combinent modération et acceptation sans réserve du capitalisme mondialisé, eh bien, même chose pour leurs cousins progressistes, même alliage de tempérance et de confiance dans la « mondialisation heureuse », même modernisme décomplexé et assez serein - vous avez reconnu le profil d’un homme qui double la primaire socialiste sur sa droite, Emmanuel Macron ! Sa force d’attraction est immense sur les libéraux de gauche, et beaucoup d’entre eux nous disent que c’est lui et lui seul qui peut faire gagner la gauche en 2017…

Trois candidats importants de la primaire socialiste incarnent peu ou prou la gauche légitimiste. Champions de l’idée républicaine, ces nostalgiques de la IIIè République ont horreur de la sainte-alliance des cagots et des bigots, ils veulent une laïcité pure et dure pour tenir tête à l’islamisme et au regain traditionaliste du catholicisme. Vous avez bien sûr reconnu d’abord le profil de Manuel Valls. L’ex-premier ministre travaille sous un portrait de son héros, Georges Clemenceau. Sécuritaire et ultra-laïque comme le fondateur des brigades du Tigre, Valls est logique, très logique. Il insiste actuellement sur la nécessaire « souveraineté » de la France, mais oui : car il sait qu’il a gagné sa popularité auprès des Français en jouant la rigueur voire la rigidité – légitimisme oblige.

Maintenant, le défi pour Valls, c’est qu’il est concurrencé sur son créneau par un missile personnel, l’ex-ministre et philosophe Vincent Peillon, légitimiste car aussi laïque que lui, et grand lecteur, lui, de Jaurès. Leur ami-ennemi Arnaud Montebourg peut lui aussi se réclamer de cette gauche éternelle, qui partage l’imaginaire de fermeté d’un socialiste républicain pur et dur comme Jean-Pierre Chevènement. Enfin, Eric, last but not least, une troisième famille se dessine nettement ces dernières semaines, et c’est la seule des trois qui cultive encore le mythe de l’homme providentiel…

La gauche bonapartiste, donc. Cette famille-là a le volontarisme des légitimistes mais elle estime qu’il faut tout casser, renverser la table, déclencher le grand soir – bref rebattre toutes les cartes. C’est la gauche qui se pense, qui se veut le porte-parole du peuple, le reflet et le haut-parleur de sa grogne, de sa colère, de sa rage… Elle est étatiste, bien sûr, comme les légitimistes, mais contrairement à eux, elle est également populiste, car l’élite, pour elle, a faux, tout faux. Son champion campe hors-primaire, à distance complice de Macron, c’est, vous l’avez reconnu, évidemment, Jean-Luc Mélenchon, bonapartiste endurci. Et il ne s’en cache pas, la Révolution à ses yeux est imminente, c’est le passage à sa chère VIème République!

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