Par Renaud Dély

Le parti de Marine Le Pen prétend défendre les faibles en France or au Parlement européen il protège surtout les puissants. C’est ce que je me suis dit en découvrant un vote passé inaperçu mais qui ne cesse disons, de m’intriguer. C’est celui des députés européens du Front National à propos de la directive sur le secret des affaires. Ce texte, on le sait, a été adopté à une écrasante majorité la semaine dernière au Parlement européen. Au départ, il était réclamé par des multinationales pour leur permettre d'obtenir réparation en justice en cas de vol ou d'utilisation abusive de leurs secrets commerciaux.

Marien Le Pen pense que le FN peut remporter 4 à 5 régions
Marien Le Pen pense que le FN peut remporter 4 à 5 régions © MaxPPP

Le problème, c’est que de nombreux journalistes et lanceurs d'alerte redoutent que, sous couvert de lutte contre l'espionnage industriel, cette directive menace la liberté d'informer. Il suffirait que les entreprises décident arbitrairement si une information a une valeur économique ou non pour engager des poursuites contre les responsables des fuites... Et leur réclamer des sommes colossales. Bref, conforter le secret des affaires, c’est évidemment une prime à la corruption.

Logiquement le Front National dénonce la corruption et se veut un « parti anti-système », il aurait donc dû voter contre . Mais Marine Le Pen et ses amis ont fait l’inverse. Ils passent leur temps à fustiger le cynisme des multinationales qui délocalisent à tour de bras pour le plus grand malheur des travailleurs français. Ils dénoncent l’opacité de ces grands groupes et lobbys qui prospèrent dans l’ombre grâce à la protection de ceux qu’ils appellent « les bureaucrates bruxellois » et paf, pour une fois qu’ils ont l’occasion de leur taper dessus, ils volent à leur secours. Bizarre, non ? Seuls les députés écologistes et Front de Gauche , Jean-Luc Mélenchon, José Bové ou encore Eva Joly, ont voté contre la directive ; les autres députés français, du PS au parti Les Républicains, du Modem au Front National , ils ont tous voté pour !

C’est ce qu’un élu du FN s’amuse à appeler « l’effet Châtillon »… En référence à l’ancien patron du GUD, Frédéric Châtillon, ce vieil ami de Marine Le Pen, proche de Bachar Al Assad, qui conseille la présidente du FN. Et qui est devenu le prestataire quasi unique des campagnes électorales du parti d’extrême droite. Frédéric Chatillon est d’ailleurs mis en examen pour financement illégal d’un parti politique et on a retrouvé son nom il y a deux semaines dans le scandale des « Panama Papers ». Chatillon est soupçonné d’avoir mis en place un système offshore pour sortir de l’argent de France au moyen de sociétés écrans et de fausses factures.

Résultat, le FN, qui se voulait le chantre de la transparence a cette fois volé au secours du secret des affaires. Et d’un ami de près de trente ans de Marine Le Pen. C’est beau la camaraderie…

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