Par Ava Djamshidi

On a vraiment de la chance d'aller y faire un tour : ces places dans le saint des saints sont extrêmement chères. Tout le gratin de la politique veut en être. C'est l'UEFA qui a la main, en lien avec l'Elysée, Matignon et le ministère des Sports. Ensemble, ils vont désigner la dizaine d'heureux élus qui aura le droit de suivre chaque rencontre dans cette tribune très VIP. Matignon serre la vis, pas plus de 4 ou 5 ministres par rencontre.

Voilà ce que m'a raconté l'un d'eux : «On ne doit pas donner l'impression qu'on a que ça à faire.»

Cela n'empêche pas les candidatures d'affluer. Au sommet de l'Etat, il y a carrément une cellule chargée d'arbitrer quel ministre aura le privilège d'assister à cet événement. Depuis des semaines, les membres de ce cabinet occulte du ballon rond sont littéralement assaillis d'appels très désintéressés.

A la veille du match, l'UEFA nous a fait parvenir le sésame. Ce n'est évidemment pas un vulgaire ticket, mais un badge, à porter autour du cou. Il faut impérativement le composter au parking VIP : l'accès est archi verrouillé. Dans la tribune du Stade de France, des hôtesses nous accompagnent à notre siège, à l'abri du mauvais temps. François Hollande est là, pile en face de la ligne médiane du terrain, juste au dessus de l'entrée des joueurs. Derrière, une loge ultra VIP, où seuls les officiels ont un droit d'accès. L'ambiance est courtoise, on évite les sujets qui fâchent. Le spectacle se déroule aussi à l'intérieur de la prestigieuse tribune. Ce bal des courtisans qui squattent ces travées VIP hystérise les vrais fans de foot : Commentaire agacé de l'un d'eux : «Il y a des invités qui n'ont aucun intérêt pour le foot, ils viennent juste parce que ça leur donne de l'importance. »

Politiquement, c'est important d'en être. Pour le Président ou le Premier ministre, il faut incarner le soutien de la France aux Bleus. Pour les autres, c'est surtout un privilège. On peut aussi en profiter pour faire passer des messages, en plus de parler d'art du ballon rond avec le chef de l'Etat, qui est un fin connaisseur. Et depuis quelques années, le football est aussi devenu un instrument de la diplomatie. Sa tribune d'honneur en est le théâtre. On cultive des contacts, on se voit en dehors du cadre formel des entretiens sous les ors de la République. C'est ce que l'on appelle le soft power. Et c'est ce qui explique qu'un Bernard Cazeneuve, franchement pas amateur de foot va se retrouver tout à l'heure aux côtés de son homologue ministre de l'intérieur allemand à suivre un trépidant Irlande du Nord Allemagne au Parc des Princes. Et même en tribune présidentielle, on n'est pas sûrs qu'on adorerait être à sa place !

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