La campagne européenne touche à sa fin et l'on peut déjà identifier les grands perdants.

jean-louis borloo renonce à tous ses mandats politiques
jean-louis borloo renonce à tous ses mandats politiques © reuters

Ces grands perdants ce sont… Les centristes. L’UDI, le Modem. Parce que, précisément, cette campagne aurait dû être leur campagne, leur moment, leur grand moment. Leur slogan est assez vrai. C’est : « les seuls candidats qui savent ce qu’ils veulent pour l’Europe. » Parce qu’ils assument qu’ils aiment l’Europe, qu’ils ne veulent pas la détruire, la démanteler, mais la faire progresser, muter.

C'est le discours de Jean-Louis Borloo qui a enregistré une vidéo diffusée lors d’un meeting centriste le 19 mai :

Cette extraordinaire aventure européenne, cette idée fantastique de mettre ensemble les pays d’Europe, l’Union, vous savez l’Union c’est plus fort que la désunion. La construction c’est plus beau que la destruction. Cette idée formidable elle est d’actualité, plus que jamais.__

Avouez que cela fait presque bizarre d’entendre parler « d’extraordinaire aventure européenne. »

Le problème c’est que son discours n’est pas audible. Parce qu’il s’est retiré de la vie politique pour des raisons de santé, et donc c’est plus cela qui a été commenté. Cette vidéo, c’est une apparition exceptionnelle, la première depuis des mois, la dernière avant un long moment. Et, au centre, aucun leader n’a pris le relais. François Bayrou se remet péniblement en scelle, Hervé Morin n’a pas la carrure. Rama Yade, Yves Jégo et les autres se demandent lequel va succéder à Jean-Louis Borloo.

C’est bien dommage, parce qu’ils avaient un boulevard, mais alors gigantesque pour prendre la main sur ce débat.

En effet, vous avez compris, vous, la ligne de l’UMP ? Ils n’ont cessé de se déchirer entre ceux qui dénoncent les dérives de l’Europe et les plus modérés. Le fait le plus marquant de la campagne a été la guéguèrre Henri Guaino-Alain Juppé, pour illustrer le duel entre les souverainistes et fédéralistes. Au lieu de dire clairement quelle est la ligne du parti, Jean-François Copé a trouvé un slogan schizophrénique pour concilier tout le monde : « J’aime tellement l’Europe que j’en veux une autre. »

Au PS non plus, on ne sait pas où donner de la tête . Le parti a toujours été divisé sur l’Europe… Ca ne s’est pas arrangé en 2014. Entre ceux qui, comme François Hollande et Manuel Valls, souhaitent respecter les consignes de Bruxelles et ceux qui le vivent comme une soumission. Du coup, cela donne des situations ubuesques, comme lundi soir à Evry: alors que François Hollande s’est engagé à ramener le déficit public à 3%, la tête de liste PS en Ile de France, Pervenche Bérès, a dit lors d’un meeting et devant Manuel Valls que c’était une règle « contreproductive »… Allez comprendre.

Finalement, ce sont les extrêmes qui vont en profiter . Sans aucun discours puissant, incarné, concret sur le sujet, et bien ceux qu’on entend sont ceux qui crient le plus fort. Jean-Luc Mélenchon à l’extrême gauche, Marine Le Pen à l’extrême droite. Il ne s’agit pas de les comparer. Dans le détail, ils ne disent pas la même chose, notamment sur la question de la fermeture des frontières ou sur la préférence nationale. Mais ils disent que rien ne va. Que les institutions telles qu’elles existent sont néfastes, qu’il faut non pas tout changer, mais carrément tout rejeter.

Mais le FN récolte jusqu’à 17 % des voix des voix. À ce rythme, Marine Le Pen dit espérer envoyer entre 15 et 20 députés à Bruxelles. Cela fait beaucoup. Pour bien se rendre compte, aujourd’hui, ils ne sont trois aujourd’hui Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnish… Le vote, c’est dimanche.

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