Par Charlotte Chaffanjon journaliste au Point.

Ce soir les militants socialistes vont voter, soit pour le texte de l’actuel patron du PS Jean-Christophe Cambadélis, soit pour le texte des frondeurs, soit peut-être pour le texte de la députée Karine Berger – texte qui selon beaucoup pourrait créer la surprise - Ou pour le quatrième qui veut un nouveau pacte citoyen.

Ensuite, ils iront tous à Poitiers début juin pour le congrès, et en fonction des résultats de ce soir, ils se répartiront les postes à la direction du PS.

Il ne faut pas chercher plus loin : il n’y a pas d’autre enjeu que celui-là. Bien sûr, dans leurs textes, il y a du fond, et même quelques propositions. Mais elles sont pesées et sous-pesées avec des arrières-pensées. Jean-Christophe Cambadélis par exemple, à force de vouloir satisfaire tout le monde, a écrit une motion dont on ne voit pas bien l’orientation, et qui veut parfois dire tout et son contraire, sur le travail du dimanche par exemple. Les frondeurs, eux, continuent de réclamer ce qu’ils n’obtiendront pas du gouvernement.

Mais surtout le problème c’est que le spectacle n’est pas très réjouissant à l’heure où la politique n’intéresse déjà plus grand monde. Cela donne le sentiment qu’ils ne fonctionnent qu’entre eux, en vase clos, qu’ils sont complètement coupés des réalités. D’ailleurs, des dirigeants au plus haut niveau en ont bien conscience, décrivent un parti dans un état comateux, j’ai entendu même « pathétique ». Les socialistes impliqués dans le congrès répondront qu’ils ont fait campagne auprès des militants, et c’est vrai. Mais il n’y en a quasiment plus. L’année dernière, Cambadélis lui-même a dévoilé une perte de 25 000 adhérents en 2 ans. Les fédérations sont vides. S’il y a 130 000 militants à jour, c’est bien. C’est très difficile de savoir exactement combien ils sont en réalité, mais ilne sont pas beaucoup. Hors congrès, ils se réunissent encore dans leur Bureau national, dont sortent des textes que personne, à part les journalistes en charge du PS, ne lit, ou dans des conseils nationaux, où, dans la quasi majorité des cas, les débats ont lieu à huis clos! Pas pratique pour nous d’en rendre compte. Et tout cela est d’autant plus dommage que le PS avait pris une très bonne direction il n’y a pas si longtemps que ça.

Je parle ici de la primaire. C’était en 2011 et ca avait quelque chose d’enthousiasmant. En ouvrant ce scrutin à tous les sympathisants de gauche, et même en fait à tous ceux qui le souhaitaient en fait, le PS avait créé un vrai mouvement , suscité un intérêt pour le débat politique. Souvenez-vous des joutes entre candidats, Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et sa démondialisation, Martine Aubry, lors des débats télévisés, qui avait notamment révélé Manuel Valls.

Bilan: 3 millions de personnes s’étaient déplacées. C’était l’occasion d’un big bang, d’une ouverture du parti sur la société. Ils se sont renfermés depuis 2012, et désormais, quand Manuel Valls ou d’autres appellent à rouvrir et même à construire quelque chose de nouveau, qui corresponde à un nouveau cycle de la vie politique, via « une maison commune des forces progressistes », il est invité à se taire assez rapidement. C’est bien dommage.

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