Les grands titres de la presse régionale conviés à l'Elysée par Emmanuel Macron. Un titre a refusé d'en être : La Voix du Nord, qui refuse de faire relire les interviews avant leur publication.

La Voix du Nord refuse de faire relire ses interviews
La Voix du Nord refuse de faire relire ses interviews © Getty / Mihajlo Maricic / EyeEm

En France, les grandes interviews sont la plupart du temps relues avant publication par les politiques. Une pratique qui surprend beaucoup les journalistes anglo-saxons. Et qui a eu une incidence hier, au moment de l'interview du président de la République. 

Mais il y a un titre qui a refusé d'en être... 

C'est La Voix du Nord. Le journal a invoqué notamment une raison. C'est qu'il refuse de faire relire les interviews avant leur publication. En gros, une fois que le politique a parlé, que ce soit un petit élu ou le chef de l'Etat, c'est dans la boite. Terminé ! Personne ne peut revenir sur le verbatim, pour une précision ou parce qu'il a changé d'avis. C'est ce qui se pratique ailleurs. Mais pas en France...  

L'usage chez nous, qui peut évidemment se discuter, est que l'interview de presse écrite est censée être un produit plus réfléchi, avec un contenu peut-être moins spontané qu'à la télé ou la radio mais plus précis puisque le politique a peaufiné ses réponses. A tête reposée.  Evidemment, il n'est pas possible pour eux de toucher aux questions des journalistes, sinon ce n'est plus une interview.

Hier, les journalistes ont donc retranscrit l'échange après avoir quitté Emmanuel Macron, puis ont envoyé le texte à l'équipe du Président. Ensuite, ils ont attendu pendant une bonne heure et demi dans la salle de presse du palais. Le texte est revenu. Et ils ont pu publier.  

Il y a des politiques qui changent beaucoup de choses ?  

Oui, et d'autres très peu. Ça dépend aussi du nombre de relecteurs. Quand vous interviewez un ministre, par exemple, le circuit se rallonge car le ministre fait aussi relire à Matignon et à L'Elysée. Plusieurs conseillers mettent leur grain de sel. Résultat - hélas - le texte revient souvent avec moins d'aspérités. 

Mais il arrive que ce soit le contraire. J'ai souvenir d'une interview d'Emmanuel Macron pendant la présidentielle où les piques contre certains adversaires avaient été nettement corsées.  Ces ajouts peuvent être lourds de conséquence. Myriam El Kohmri avait accordé une interview aux Echos sur sa Loi Travail. C'était sous François Hollande. Elle envisageait clairement le recours au fameux 49-3 si ça ne passait pas dans la majorité. Or, ce passage en force n'existait pas dans la version initiale. Il avait été rajouté par Manuel Valls. Ça avait mis le feu aux poudres. Comme quoi, les mots, en politique, c'est toujours de la nitroglycérine.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.