C’est demain, le 22 mars, qu’on fête les 50 ans du début du mouvement dit de mai 68. Un demi-siècle plus tard, la référence est toujours là, mais elle divise plus que jamais.

Par Marcelo Wesfreid.

Hier, il est 17h quand Jean-Luc Mélenchon fait un tweet pour protester contre la situation à l’université du Mirail à Toulouse. La fac vient d’être mise sous tutelle par le gouvernement. Et ça ne plait pas au leader de la France insoumise : « L’université est foudroyée par l’autoritarisme macroniste. (…) Vivement mai 68 ! »

On sent que Mélenchon rêve, en cette veille de grande manifestation de la fonction publique demain, d’un nouveau soulèvement, d’une convergence entre étudiants et travailleurs. On n’en est pas encore là, mais on voit que le vocabulaire, à gauche, reste imprégné de ce souvenir. Ces derniers jours, on a beaucoup entendu parler du retour supposé de l’ORTF, après la nomination d’un documentariste proche d’Emmanuel Macron à la tête de la chaîne LCP. 

Les leaders de mai 68 - ce n’est pas un hasard finalement, cela prouve qu’ils ont pris le pouvoir et se sont quelque part notabilisés - on les retrouve chez Macron. Daniel Cohn Bendit, Dany le rouge, et son complice Romain Goupil, le réalisateur, ancien leader lycéen, sont devenus des visiteurs du soir d’Emmanuel Macron. Ils adorent le jeune président. Goupil parle de Macron comme d’un  « rebelle contre le système ».

On a appris sur cette antenne, il y a quelques jours, qu’Alain Geismar, autre figure de proue de la révolte, ancien maoïste, avait voté lui aussi pour Macron. 

D’ailleurs, à l’Elysée, on a eu un moment la tentation de récupérer l’imaginaire de mai 68. Je rappelle que le livre du candidat Macron s’appelait Révolution. A l’automne, j’avais rencontré l’un de ses conseillers à l’Elysée qui réfléchissait à célébrer l’événement, à en faire une sorte de bilan, de dépassement. C’était sorti d’ailleurs dans la presse, dans l’Opinion, précisément. Cela a alors déclenché une polémique et l’Elysée a arrêté d’un coup d’en parler. Comme s’il remballait le projet. 

Parce que mai 68 divise toujours. Et qu’à droite on n’attend pas mieux pour se ruer sur Macron et le renvoyer dans sa case d’origine, la gauche. Je rappelle que Nicolas Sarkozy s’était enorgueilli de vouloir « liquider l’héritage de mai 68 » et son « relativisme moral ». Quant à Alain Wauquiez, il l’a dit récemment : « interdit d’interdire c’est le début de la déconstruction ». 

Heureusement pour l’exécutif, il y a des sujets moins sensibles à fêter cette année : le centenaire de l’armistice Et les 60 ans de la Vème république. Ce régime pyramidal qui a si bien su résister aux barricades.

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