Par Nathalie Schuck, journaliste politique auParisien/Aujourd'hui en France

bruxelles va tenter de convaincre la france d'assouplir sa position sur l'exception culturelle
bruxelles va tenter de convaincre la france d'assouplir sa position sur l'exception culturelle © reuters

François Hollande fait des cauchemars quand il pense aux élections européennes. Et ce serait la faute de Bruxelles.

Vous vous souvenez de la « boîte à outils » du Président ? Il va bientôt en avoir sacrément besoin, parce qu'on s'attend au grand retour dans le débat politique d'un personnage qui avait fait couler beaucoup d'encre en 2005, au moment du référendum sur la Constitution européenne: le fameux « plombier polonais ». Sauf qu'on va avoir la saison 2 avec cette fois le maçon portugais, le charpentier roumain, le couvreur bulgare, l'électricien espagnol et le boucher slovène. Je m'explique : à l'Elysée, en ce moment, on surveille de très près un dossier dont on n'entend très peu parler, mais qui risque d'exploser à la figure du PS et de l'UMP. Je veux parler d'une obscure directive européenne de 1996 sur les travailleurs détachés . Alors dit comme ça, en jargon bruxellois, ça a l'air totalement inoffensif. Mais quand on regarde de près, on s'aperçoit qu'il y a tous les ingrédients pour que les extrémistes de tout poil se frottent les mains.

Qu'est-ce qu'il y a de si dangereux dans cette directive ? C'est très simple :on estime qu'il y a aujourd'hui en France 200.000 à 300.000 travailleurs « low-cost » qui viennent des pays de l'Est, d'Espagne, du Portugal. C'est un phénomène qui est en pleine expansion. Souvent, ce sont des agences d'intérim des pays de l'Est qui proposent aux entreprises françaises une main-d'œuvre super bon marché, avec des charges sociales riquiquis. Et forcément, pour les patrons français, c'est tout bénéf’ . Alors en théorie, cette directive dit que les « travailleurs détachés », comme on les appelle, doivent être payés avec des salaires français. Le problème, c'est qu'il n'y a presque pas de contrôle et donc ils sont souvent payés de façon totalement illégale, au Smic polonais par exemple. Vous connaissez le montant du Smic polonais ? C'est 370€ brut par mois, quatre fois moins que le Smic français. Bref, je vous laisse imaginer la bombe politique que ça représente en période de fort chômage.

Marine Le Pen n'a pas attendu pour s'emparer de ce dossier. Elle a profité de la crise qui frappe les abattoirs Gad en Bretagne, qui ont justement recruté des intérimaires roumains à moindre coût, pour attaquer l'Europe et s'adresser au passage à l'électorat agricole :

La guerre du porc, avouez qu'il y a de quoi effrayer l'éleveur breton !

Le problème, c'est qu'à Bruxelles c'est la zizanie la plus totale. La Pologne et le Royaume-Uni ne veulent pas entendre parler de garde-fous et le dossier est complètement planté. François Hollande ne compte pas lâcher l'affaire, n'en déplaise à Marine Le Pen, et il espère quand même arracher un accord européen pour réformer cette directive avant la fin de l'année. Il veut aussi lancer une grande initiative pour aller vers un Smic européen qui, avouons-le, risque de finir en pétard mouillé. Parce que sa crainte, c'est qu'on ait une catastrophe aux européennes du mois de mai.

D'ailleurs, certains sondages donnent le FN en tête. Et au gouvernement, certains pensent même qu'il n'y a plus rien à faire, que c'est trop tard. Un ministre, et pas des moindres, me disait en off il y a quelque jours que les européennes seront un « énorme choc », que c'est d'après lui « inéluctable ». Mais dans cette affaire des travailleurs à bas coût, c'est vraiment l'Europe qui tend le bâton pour se faire battre !

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