Ce sont des propos passés presque inaperçus.

Lors de ses vœux aux Corréziens, samedi dernier, François Hollande a glissé un tacle… et ce n’était pas anodin. Sur le ton de la blague, comme il sait si bien le faire, François Hollande a remis à sa place le Sénat, qui commence manifestement à l’agacer.

C’était à Tulle, son fief de Corrèze, samedi :

le sénat rejette le projet de loi de financement de la sécurité sociale
le sénat rejette le projet de loi de financement de la sécurité sociale © reuters

Il parle quand même d’une chambre du Parlement. Vous auriez dû voir la tête d’un sénateur socialiste à qui j’ai rapporté l’anecdote, ses yeux écarquillés. Il n’y croyait pas !

Pourtant, la pique de François Hollande n’est pas gratuite. Depuis le début du quinquennat, le Sénat, n’en fait qu’à sa tête. Rien que depuis novembre 2013, il a rejeté deux fois le projet de loi de finances 2014, la taxe à 75%, le budget de la Sécu, la réforme des retraites…

Le Sénat est censé être majoritairement à gauche depuis septembre 2011. François Hollande s’en était félicité chaudement, surtout que c’est son ami Jean-Pierre Bel qui en devenait le président. Mais la gauche a une toute petite majorité, six voix d’avance. Elle est d’autant plus fragile qu’en réalité, la majorité gouvernementale est au Sénat minoritaire !

Je m’explique : la majorité au Sénat n’existe que grâce aux communistes, ils sont vingt. Or les communistes, ils ne sont pas alliés du gouvernement. Ils sont dans l’opposition farouche à François Hollande. On l’a vu une nouvelle fois après l’annonce du pacte de responsabilité. Pierre Laurent a dénoncé « une pacte d’irresponsabilité sociale ».

Donc, au Sénat, ils votent contre les projets du pouvoir. Et puis, on ne dirait pas comme ça, mais les sénateurs savent être des rebelles. Inutile de leur dicter leur conduite, on l’a vu avec l’affaire Dassault.

Exemple de rébellion sénatoriale : le 9 janvier, le Sénat a refusé de lever l’immunité parlementaire de Serge Dassault, soupçonné d’achat de voix à Corbeil-Essonnes. La droite a voté en bloc pour le protéger mais une voix de gauche aussi, et une autre s’est abstenue.

Et puis, ce même jour, la commission des lois du Sénat a voté contre le non cumul des mandats pour les sénateur s. Il ne s’appliquerait à les suivre qu’aux députés. Alors, les députés se lâchent. Une expression popularisée par le président de la Commission des lois Jean-Jacques Urvoas fait un tabac à l’Assemblée. On appelle le Sénat : « le triangle des Bermudes ». « C’est beaucoup trop beau pour ce que c’est », disent les plus gentils quand d’autres se lâchent carrément en posant la question : « À quoi ca sert ? ». Les sénateurs, qui représentants des collectivités territoriales, clament la nécessité du bicamérisme, élément essentiel de la démocratie.

C’est le retour d’un vieux serpent de mer. Lionel Jospin qui déjà en 1998 qualifiait le Sénat « d’anomalie démocratique. »

Evidemment après l’affaire Dassault, on a vu fleurir les débats sur la suppression du Sénat. J’ai posé la question à l’Elysée, au conseiller de François Hollande spécialiste du Parlement. Sa réponse est sans appel : « c’est exclu, ce n’est pas un sujet. Cela bouleverserait l’équilibre même des institutions. » D’ailleurs des élections sénatoriales auront lieux en septembre prochain et à gauche, on a bien l’intention de conserver la majorité, aussi fragile soit elle.

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