Pas un week-end sans qu’on nous bassine avec les pseudos envies de présidentielle de l’humoriste Jean-Marie Bigard. Aux dernières nouvelles, il serait « ravi de faire peur ». Pour mémoire, c’est un coup de fil reçu d’Emmanuel Macron pour évoquer la réouverture des cafés après le confinement qui a débridé Bigard.

Jean-Marie Bigard en juin 2020
Jean-Marie Bigard en juin 2020 © Maxppp / Arnaud Journois / La Parisien

On passerait vite à autre chose si ce spectacle, aussi désolant soit-il, n’était pas révélateur du moment particulier que nous vivons. 

Depuis 2017, Emmanuel Macron bénéficie de assèchement du champ politique. Les uns après les autres, les sondages montrent que dans les circonstances actuelles, aucun de ses opposants connus ne ferait mieux que lui.

Dans ce contexte, il suffit de se proclamer candidat, avec n’importe quel programme, et un minimum de notoriété pour attirer l’attention. C’est cela le syndrome Bigard ! Et on entend d’ailleurs que l’élection d’Emmanuel Macron aurait ouvert la voie, celle du président tombé du ciel. 

Ce n’est pas le cas, même si Emmanuel Macron a su remarquablement mettre en scène son surgissement, il ne faut pas oublier qu’avant d’être élu, il a été ministre de l’Economie, et avant encore, secrétaire général adjoint de l’Elysée. Soit une trajectoire assez proche de celle du très classique Edouard Balladur. 

Cette hypothèse du candidat populaire et populiste est agitée depuis quelques temps par des visiteurs de l’Elysée. Des apprentis-sorciers qui espèrent cyniquement, en installant cette idée dans les esprits, faciliter la candidature non pas d’un Bigard mais d’un Zemmour ou d’un Onfray, lesquels seraient capables d’affaiblir Marine Le Pen. 

Ils sont aidés par ceux qui, dans l’opposition, apportent en coulisses du crédit à cette éventualité, afin de passer en comparaison pour les raisonnables de l’histoire.

En quoi est-ce un jeu dangereux ? 

On le sait à l’étranger, l’avènement de ce genre de candidat clown est déjà survenu. Qu’il s’agisse du comique Beppe Grillo en Italie ou de l’humoriste Zelensky, président de l’Ukraine depuis un an. Donc pourquoi pas en France ? 

Ce syndrome Bigard, cette manière d’émulsionner du vide, est avant tout le reflet de l’incapacité de la classe politique à se renouveler, à penser de manière cohérente l’addition de crises que nous vivons et, à retrouver la confiance des Français. Plutôt que de brandir des épouvantails, la meilleure réponse au populisme, comme le dit fort bien l’historien et sociologue Pierre Rosanvallon, consiste avant tout à « réinventer la démocratie ». Ou du moins tenter d’y faire croire encore. 

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