On dit souvent que le président ne laisse pas beaucoup d’espace à son premier ministre. Mais ces derniers temps, il le ménage.

Par Marcelo Wesfreid

Après le conseil des ministres, tout à l’heure, à midi, le gouvernement va se retrouver dans la salle des fêtes, pour un événement qui ne figure pas à l’agenda officiel. Une cérémonie qui n’est pas ouverte à la presse. C’est une remise de décoration à huis clos, presque en catimini.

Emmanuel Macron va remettre la Grand-croix de l’ordre du mérite à Edouard Philippe. Une distinction qu’on remet toujours aux premiers ministres après six mois de présence à Matignon. C’est une tradition, si vous voulez.  

Ce qui est intéressant, c’est qu’Emmanuel Macron est en train de réformer les décorations. Il ne veut plus de remise automatique par exemple. Mais des attributions moins nombreuses, au mérite. Là, il fait une exception, sur laquelle il ne veut pas trop communiquer, parcequ'il veut cajoler Edouard Philippe. Il ne veut pas lui faire l’affront de le priver d’un honneur qu’ont reçu tous ses prédécesseurs. Car il a bien besoin en ce moment de son premier ministre. Edouard Philippe fait le job, on l’a encore vu hier au congrès des maires de France. En plus, il est apprécié dans la majorité. Les députés l’adorent. Mais surtout, il est parfait dans son rôle de déstabilisateur de la droite. 

En décembre, on assistera à la victoire probable de Laurent Wauquiez à la tête des Républicains. C’est le moment de s’adresser aux électeurs modérés de la droite. Et justement, Edouard Philippe s’intéresse à la création d’un parti constructif, Agir, ce sera son nom, qui servira un point de chute.   

Cette aile droite compatible avec Macron peut se retrouver, dans un second temps, sur une liste commune aux européennes de 2019. C’est le sens de la petite phrase lâchée par Juppé, l’autre fois, qui a parlé de créer un axe central pour ces élections. Juppé, le mentor d’Edouard Philippe. Edouard Philippe, l’ex porte-parole d’Alain Juppé. Il est précieux, le premier ministre, pour la recomposition politique.

Mais il y a encore peu de ministres proches de lui au gouvernement, et c’est son point faible. Et tout l’enjeu du remaniement. En coulisses, il essaie, Edouard Philippe, de faire monter des gens de sa sensibilité, comme le prometteur secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu. Ou de faire entrer des proches au gouvernement. Si Macron tient à Philippe, il va falloir le lui prouver. En politique comme en amour ce sont les preuves qui comptent…

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