On entend d’ici les éructations : "Mais il n’a jamais été de gauche, c’est un banquier !" Rien n’est plus idiot. Mais, durant les quelques années où il était chez Rotschild, Macron était plutôt à gauche. Il considérait par exemple qu’une réforme du droit du travail n’était pas du tout urgente.

Emmanuel Macron, président de la République
Emmanuel Macron, président de la République © AFP / STEPHANE MAHE / POOL

Et puis il s’est engagé auprès de François Hollande. Et puis il est devenu plus libéral avec ses contacts avec le monde économique. Ma thèse c’est que ce sont les socialistes, qui l’ont rendu libéral. Enfin, on a le droit de changer d’avis, c’est même un critère d’intelligence.

A l’Elysée, Macron a fait des réformes libérales, c’est incontestable, mais n’a pas réellement baissé la dépense publique. Et puis, là, avec le Covid-19, on entend une musique franchement socialiste…

Mais pourquoi dire cela ?

Tous les pays augmentent la dépense publique, même l'Allemagne. Si Angela Merkel est prête au déficit, c'est que c'est nécessaire. Mais dépenser pour maintenir les entreprises et les gens la tête hors de l'eau et minimiser la récession, c'est une chose. Et la manière de faire en est une autre. Le plan de relance tel qu'il se dessine est d'un dirigisme digne de 1981. 

Et puis, penchons-nous sur le langage dès le 12 mars : il avait des accents révolutionnaires. Il disait interroger le modèle de développement dans lequel notre monde s'était engagé depuis des décennies, et qui dévoile aujourd'hui ses failles au grand jour. 

Alors vous ajoutez une guitare et vous pouvez l'appeler Manu "Chao" Macron. Mélenchon l'avait d'ailleurs presque félicité sur Twitter à ce moment-là. Mais ce qui indique le virage à gauche, ce n'est pas tant ce que Macron dit ou fait, c'est son silence. 

Quel silence ? 

Il y a un jeu amusant qui existe : vous appelez un ministre et vous évoquez la réforme des retraites, celle qui était si cruciale et décisive. Et là silence. La réforme est officiellement suspendue, mais elle doit l'être à la cave ou au grenier parce que personne ne l'a vue depuis longtemps. Visiblement, les ruineux régimes spéciaux sont désormais largement dans nos moyens.

Attention, ce virage à gauche n'est pas forcément définitif, mais à court terme, Macron semble avoir fait sienne la devise d'Oscar Wilde : "Je vis tellement au-dessus de mes moyens que eux et moi vivons une existence totalement séparée."

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