Par Renaud Dély

Il n’y a pas que la gauche qui se déchire à propos de ce texte, il y a aussi l’extrême droite. 

Certes, ça se voit moins, c’est moins spectaculaire que quand Manuel Valls prétend interdire une manifestation et indigne une bonne partie la gauche, mais je peux vous garantir qu’au Front national aussi, ça tangue sérieusement. Il suffit de creuser un peu pour s’en rendre compte. Ainsi, la semaine dernière, Marine Le Pen a piqué une grosse colère en découvrant que Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard, les deux députés FN, envisageaient de déposer des amendements pour voler au secours des patrons de PME lors de l’examen du texte en deuxième lecture à l’Assemblée.

La patronne du FN a commencé par se fendre d’un SMS pour rappeler à l’ordre sa nièce sur le mode : «C’est moi le Chef, tu dois m’obéir ! » La gamine se gardant bien de répondre, Tata Marine a fini par lui passer un coup de fil furibard. Et le conflit a pris un tour d’autant plus aigu qu’au FN, vous le savez, on aime le Travail, la Patrie, mais aussi la Famille… Et les querelles de famille, il n’y a rien de pire

Ce n’est pas la première fois que ce genre de divisions apparaissent au sein du FN. Sur les sujets sociaux, c’est même du classique. A force de vouloir donner raison à tout le monde, le FN finit toujours par faire le grand écart. Résultat, il y a deux semaines, les deux sénateurs frontistes, David Rachline et Stéphane Ravier, avaient déjà vu mystérieusement disparaître leurs amendements d’inspiration très très libérale. Lors de la discussion au Sénat, ils prétendaient relever les seuils sociaux, encadrer de plus près l'activité syndicale, faciliter les accords d'entreprise, défiscaliser les heures supplémentaires, et même supprimer du compte pénibilité ! Rien que ça. Pour les patrons, c’était Noël au mois de juin !

Ce catalogue, ce n’est pas vraiment la ligne définie par la direction du FN. C’est même exactement l’inverse de celle que défend le numéro deux du parti d’extrême droite, Florian Philippot, que Patrick Cohen recevra tout-à-l’heure. Songez que Philippot ressuscite même le vocabulaire de Georges Marchais. Il s’indigne d’une «loi infâme » qui «précarise le travailleur».

En fait, Philippot a les yeux braqués sur les sondages qui montrent que les électeurs FN soutiennent le mouvement social. Et ce qui inquiète vraiment au sein du FN, c’est que Marion Maréchal Le Pen ne veut plus se taire. «Elle mise sur l’échec de Marine à la présidentielle et se prépare pour prendre la suite », confie un cadre. Elle a par exemple cautionné l’hypothèse d’une interdiction de la manifestation pour éviter les dégâts des casseurs alors que Marine Le Pen s’indignait, elle, d’une intolérable « atteinte à la démocratie » ! Il faut dire qu’il y a à peine six mois, la même Marine Le Pen prônait l’interdiction des défilés durant l’état d’urgence. Décidément au FN, dire tout et son contraire aussi, c’est de famille…

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