Par Solenn de Royer

François Hollande a exprimé hier sa solidarité avec la Belgique. A l’Elysée, depuis le 13 novembre, on reste habité, voire hanté, par le terrorisme.

Pas plus tard que vendredi, j’étais à l’Elysée, pour rencontrer un conseiller du président. On a parlé de la déchéance de la nationalité. Alors évidemment ce conseiller était agacé par le vote des sénateurs, qui rend impossible l’adoption de cette mesure. Voilà ce qu’il m’a dit : « Ils vont devoir ASSUMER le jour où il y aura un nouvel attentat... Parce qu’il y AURA un nouvel attentat ! » C’était clair, c’était net.

Et ce n’était pas la première fois. Dans la plupart des échanges que l’on peut avoir, nous journalistes, avec des ministres, des élus ou des conseillers, la menace terroriste revient constamment. C’est devenu une donnée politique.

Attentats de janvier : cérémonies d'hommage aux victimes
Attentats de janvier : cérémonies d'hommage aux victimes © Reuters / Benoit Tessier

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Cette menace peut évidemment avoir un impact sur la campagne présidentielle . Pour 75% des Français, la lutte contre le terrorisme est devenue une préoccupation de premier plan, contre 59% l'année précédente selon un sondage Harris Interactive. Le chômage reste la première inquiétude des Français (77%) mais la lutte contre le terrorisme arrive en deuxième position.

Il n’y a pas que la sécurité et le terrorisme qui sont dans toutes les têtes. Il y a aussi l’identité, l’immigration, l’islam et ses dérives, le communautarisme. Ces thèmes seront au cœur de la campagne présidentielle. Evidemment, il y a un parti qui se frotte les mains, c’est le Front national. J’ai parlé avec le député Les Républicains Eric Ciotti. Lui pense que ce climat anxiogène est une garantie pour le Front National de se retrouver au deuxième tour de la présidentielle.

Un nouvel attentat en France pourrait-il inverser le rapport de force entre la droite et la gauche pour 2017 ?

J’ai posé la question à Jérôme Sainte-Marie, qui dirige l’institut de sondage Polling Vox . Lui ne croit pas que les attentats puissent bousculer le rapport de force entre la droite et la gauche. Il rappelle que la popularité de François Hollande avait bondi après le 13 novembre, avant de chuter dans les mois qui ont suivi. On l’a vu ces derniers jours : le président est à 15% de bonnes intentions selon l’Ifop. Son plus bas historique, seulement quatre mois après les attentats de Paris !

En revanche, les attentats pourraient changer la donne à l’intérieur des familles politiques. Cette menace terroriste, elle pourrait par exemple désarmer ceux qui ne veulent plus de Hollande. Et fragiliser l’idée d’une primaire à gauche. Parce qu’une primaire, toujours selon notre sondeur, c’est « l’organisation de la vacance du pouvoir » . Et ça, dans le contexte, c’est intolérable.

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