Par Solenn de Royer

Dimanche soir j'étais au QG de Nicolas Sarkozy, le grand perdant… Et cette soirée m'a fait penser à un autre moment très difficile pour l’ex président…

C’était dans un autre QG, à la Mutualité. Nicolas Sarkozy venait de perdre la présidentielle de 2012. Il était au milieu des siens. Il avait eu des mots dignes d’au-revoir... et au dernier moment, il avait renoncé aux mots d’adieu.

Ses proches pleuraient. Comme dimanche. Mais pas lui. Curieusement, il avait l’air presque soulagé, Nicolas Sarkozy. Apaisé. Il a dit qu’il n’avait « ni tristesse, ni rancœur ».

L’histoire retiendra peut-être que ce grand fauve de la politique, si prompt aux clivages et aux outrances, a su se révéler élégant dans la défaite.

François Mitterrand disait « On ne sait ce que vaut un homme qu’à la fin… » Nicolas Sarkozy tourne la page sur 40 ans de vie politique, et ce n’est pas simple !

Je me souviens d’un off passionnant, en janvier 2012, en Guyane. Nicolas Sarkozy était encore président. Il allait se lancer dans la campagne. Mais il sentait qu’il allait perdre. Il était dans une forme d’ambivalence du désir. On ne savait plus s’il avait vraiment envie de partir au combat ou s’il était fatigué, las. Peut-être les deux à la fois.

Ce soir-là, il nous avait parlé du pouvoir comme d’une drogue dure. Il avait fait mine de retirer une aiguille de son bras… Puis, il avait juré qu’il aspirait à une autre vie. Plus calme. Une vie où il verrait ses enfants mais plus les journalistes. Une vie où il irait au cinéma. Il nous avait dit : "si je perds, j’arrête la politique. Cette fois, c’est pour de bon !"

Les responsables politiques, dans la défaite, disent quelque chose du pouvoir mais aussi d’eux-mêmes…

J’ai suivi Ségolène Royal en Afrique du Sud, en 2012. Elle venait de perdre les législatives à la Rochelle. Cinq ans avant, elle avait perdu la présidentielle. Puis le Congrès de Reims. Puis la primaire socialiste. Bref, elle avait tout perdu. Elle n’avait plus rien. Elle n’était plus rien. Elle était au fond du trou.

Dans les restaurants du Cap, personne ne la reconnaissait. Un serveur lui avait demandé d’où elle venait. Dans un grand sourire, elle avait répondu : « From Paris ! »

Elle avait visité le Cap de Bonne Espérance. Et puis, elle s’était confiée. Elle m’avait parlé de la violence du combat politique, de la morsure des défaites. Elle avait reconnu des erreurs. Elle avait employé le mot "crash". Elle m’avait dit qu’elle aurait besoin de temps pour panser ses plaies. Elle avait parlé de résilience.

C’est souvent dans ces moments-là qu’ils sont les plus vrais, les politiques. Quand ils ont retiré le masque.

Une chose est sûre : mieux vaut quitter la politique avant que celle-ci ne vous quitte.

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