Par Nathalie Schück, journaliste politique au quotidien Le Parisien/Aujourd'hui en France

C'est un mot maudit en politique: « pause »

C'est un peu comme le mot « rigueur », qui a fini par devenir tabou. Le mot « pause », à force, fait un peu peur aux hommes politiques, en tout cas à ceux qui ont un peu de mémoire. Parce que le mot « pause » porte la poisse ! Et on peut se demander pourquoi François Hollande a pris le risque de nous parler de « pause fiscale ». Quand on voit le « ras-le-bol fiscal », on peut se dire, c'est vrai, qu'une pause dans les impôts s'impose. Le problème, c'est que personne n'y croit.

Surtout, quand on regarde l'histoire politique, on s'aperçoit très vite qu'elle est pleine de « pauses » qui se sont toutes mal terminées. Et cela, le Président, qui est un grand passionné d'Histoire, devrait le savoir. Vous vous souvenez peut-être de cette photo de François Hollande sur un bateau, au soleil, un bob sur la tête, en train de lire « L'histoire pour les nuls » ? Eh bien il va peut-être falloir l'aider à réviser...

- "La pause", ce fut aussi une marotte de Nicolas Sarkozy.

On l'a complètement oublié, c'était au milieu du quinquennat, Sarkozy avait surpris tout le monde en décrétant une « pause législative » pour « délégiférer ». Pour commencer, personne n'avait compris ce que ça voulait dire.

Et surtout, c'était un peu fort de café venant de celui qui avait traité Jacques Chirac de « roi fainéant ». Résultat : Sarkozy a dû renoncer à cette drôle d'idée, qui a un peu écorné son image de réformateur. Il aurait peut-être dû se souvenir que parler de pause, c'est-à-dire, selon le Petit Larousse, d'« arrêt temporaire », ça n'avait pas porté chance à son père en politique.

- Edouard Balladur, au soir du premier tour de la présidentielle de 1995.

Certes, Balladur ne parlait pas exactement de pause politique, mais je n'ai pas pu résister...

- Plus sérieusement, le mot « pause » renvoie la gauche à de très mauvais souvenirs !

Les auditeurs qui ont un peu de bouteille se rappellent peut-être de Jacques Delors en 1981 : quand il était à Bercy, il avait provoqué une grosse colère de François Mitterrand en réclamant « une pause dans les réformes » pour arrêter de jeter l'argent par les fenêtres. Mitterrand avait fini par lui donner raison et quelques mois plus tard, c'était le sinistre tournant de la rigueur... Enfin, dans l'imaginaire de la gauche, la « pause », c'est Léon Blum : en 1937, après la semaine de 40 heures, les congés payés, Blum avait fini par signer la mort du Front populaire en annonçant une « pause dans les réformes sociales ». Bref, vous l'avez compris, ce mot, c'est une malédiction.

- Une pause, c'est comme les trains : ça peut en cacher une autre !

La « pause fiscale » annoncée par François Hollande cache en fait une autre pause, préélectorale. On est à six mois des municipales, et il fait très attention à déminer tous les sujets qui fâchent : les taxes sur les carburants, la réforme pénale, la PMA etc. Bref, tout ça pour dire que le Président, qui n'a pas arrêté de travailler cet été, aurait peut-être mieux fait, avant de parler de « pause fiscale », d'en prendre une plus longue justement, de « pause », mais estivale...

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