Thomas Thévenoud est ce qu’on pourrait appeler un "grand brûlé de la politique". On se souvient du passage éclair au gouvernement de ce jeune ambitieux du PS éjecté au bout de neuf jours à peine ! C’était à la rentrée de septembre 2014, un an après l’affaire Cahuzac, et une sorte de malédiction fiscale semblait peser sur François Hollande. Dix-huit mois plus tard, voilà le coupable qui ressurgit et se raconte. Il le fait dans un livre en forme de psychanalyse, un livre bien troussé qui paraît ces jours-ci. Il l’a intitulé Une phobie française , une allusion à cette « phobie administrative » dont il s’était dit malade pour justifier son comportement. Une maladresse qui l’avait enfoncé un peu plus…

Pour commencer, il n’aurait jamais dû accepter d’entrer au gouvernement. Il a commis une vraie faute impardonnable. Et dès qu’on le rencontre, Thévenoud passe son temps à le répéter : « J’ai fait une connerie, qu’est-ce qui m’a pris ? »

Mais il faut quand même rappeler qu’il est aujourd’hui en règle avec le fisc. Il a payé plus de 40 000 euros d’impôt, pénalités comprises. Et puis surtout, ce qu’il raconte en dit long sur les dysfonctionnements de l’État en général, et de ce quinquennat en particulier.

Thomas Thévenoud, démissionnaire neuf jours après sa nomination
Thomas Thévenoud, démissionnaire neuf jours après sa nomination © Maxppp / Thomas Padilla

Parce qu’à en l’en croire, beaucoup de monde connaissait sa situation. Beaucoup de monde, y compris François Hollande. C’est en tous cas la version de Thomas Thévenoud. Hollande savait… mais il avait oublié.

Alors attention, ce n’est pas le Président qui le lui a dit, c’est Christian Eckert, le secrétaire d’État au Budget, qui a sous la main tous les dossiers fiscaux des politiques. Il lui a raconté qu’en avril 2014, au moment où Manuel Valls est nommé à Matignon, Thévenoud avait déjà failli devenir ministre. L’Élysée avait renoncé au dernier moment à cause de ses trois années d’arriérés d’impôts. Et quatre mois plus tard, si Thévenoud devient finalement secrétaire d’État, c’est parce que l’Elysée a « oublié » !

D’ailleurs, Thévenoud raconte aussi que, lorsque Valls le convoque au lendemain de sa nomination, le Premier ministre l’assure que tout peut encore s’arranger s’il paye tout de suite ses impôts. « La Haute autorité sur la transparence est encore en vacances, j’en fais mon affaire » , lui dit Valls, qui ajoute penser pouvoir le garder au gouvernement sauf… si les médias s’en mêlent. Pas vu, pas pris ? Sauf que deux jours plus tard, le site Médiapart révèle l’affaire et le scandale éclate. Au passage, Valls avait ajouté un autre conseil :« Le Président ne t’en parlera pas. Je lui dirais qu’on s’est vus, ça suffira » . Pas un mot au Président pour mieux le protéger, voilà une consigne qui résume assez bien la logique de cette Ve République fatiguée.

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