Dans cette crise sanitaire, il y a des malades, bien sûr, mais aussi des victimes plus symboliques…

La démocratie, victime collatérale des grandes crises. Ici le logo de la devise de la République française
La démocratie, victime collatérale des grandes crises. Ici le logo de la devise de la République française © AFP / Denis Charlet

Rappelez-vous ce qui s’est passé avec les attentats. 2015. On décrète l’état d’urgence. Il faut tout faire pour arrêter les terroristes. Alors, on assouplit les règles de droit. Pour les perquisitions, les contrôles, les assignations à résidence…  Vive l’efficacité. Et tant pis, si les libertés trinquent. 

Cinq ans plus tard, le même phénomène se reproduit. La menace, c’est le coronavirus. Elle suscite le déclenchement de l’ « état d’urgence sanitaire ». Cet état d’exception, le parlement l’a voté ce week-end. Le gouvernement peut désormais interdire des rassemblements, restreindre la liberté de circuler, réquisitionner des produits, contrôler les prix. 

Et ce n’est pas tout : à partir de demain, il peut légiférer par ordonnances. Avec des conséquences palpables. Dans certains secteurs, on pourra toucher à la durée maximale de travail. On pourra imposer les dates de leurs congés payés. Et c’est passé comme une lettre à la poste.  

Le gouvernement se voit doté de pouvoirs impressionnants !

Au point que les parlementaires de gauche se sont étranglés en découvrant l’étendue des dérogations, mais leurs critiques étaient inaudibles. Car les citoyens veulent des réponses fortes, tranchées, autoritaires s’il le faut. 

Vous l’avez peut-être remarqué, d’ailleurs, de plus en plus de commentateurs se mettent à vanter le modèle chinois. Avec sa discipline de fer. Son confinement drastique. Un régime pourtant dictatorial mais qui sait faire sortir de terre des hôpitaux en seulement dix jours… 

Au point que cela a fait réagir hier Emmanuel Macron. Il organisait une conférence téléphonique avec les représentants des cultes. Il leur a dit à un moment : « la Chine n’est pas un modèle adapté à la France ». Et il ajouté cette phrase : « Le virus ne doit pas tuer la démocratie ». 

Que craint, au fond, Emmanuel Macron ?

Les opinions publiques veulent des leaders forts en cette période d’angoisse collective. C’est pourquoi le président joue à fond le registre du chef de guerre. C’est un vocabulaire qu’il met en scène dans sa communication. 

Mais en même temps, il sait que cette catastrophe sanitaire, liée à un virus qui s’est baladé comme chez lui, va donner des arguments en or à ceux qui militent pour davantage de frontières, plus de production locale, moins de migrations. En un mot : Marine le Pen. Vous l’aurez compris, le match retour de 2017 se joue ces jours-ci. 

L'équipe
  • Marcelo WesfreidJournaliste au service politique du Figaro, en charge du suivi de l'exécutif.
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