Par Benjamin Sportouch, journaliste politique au magazineL'Express

jean-marc ayrault veut accélérer les discussions sur l'union bancaire
jean-marc ayrault veut accélérer les discussions sur l'union bancaire © reuters

Le pataquès, le couac sur la pause fiscale, auront au moins servi à démontrer la nécessité d’avoir un Premier ministre

La question revient régulièrement de savoir à quoi sert un chef du gouvernement dans un régime à deux têtes prévu dans la Constitution certes, mais qui, dans les faits, est de plus en plus présidentiel. Avec un chef de l’Etat qui décide de tout, tout le temps. Et bien, si une seule raison suffisait pour maintenir cette dyarchie et la fonction de Premier ministre, elle nous a été donnée la semaine dernière avec la cacophonie autour de la « pause fiscale ». - C'est-à-dire... C’est Jean-Marc Ayrault qui a dit vrai dans cette affaire en repoussant à 2015 une « éventuelle » - mieux vaut prendre des précautions en la matière- une éventuelle pause fiscale. Une augmentation de la TVA et la baisse du quotient familial ne peuvent pas aboutir à une ardoise vierge l’an prochain. 1+1 n’ont jamais fait zéro. D’ailleurs François Hollande lui-même avait dit en septembre 2012 que 2014 serait encore une année d’efforts pour « le redressement de la France ».

Ecoutez c’était le9 septembre 2012 sur TF1 :

C’est un peu tôt pour faire du calcul mental mais il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour ajouter deux ans à 2012 et aboutir à 2014. Jean-Marc Ayrault a tout simplement rappelé la réalité des faits et assumer le cap que François Hollande avait lui-même fixé ! Rien de moins, rien de plus. - Pourquoi un Premier ministre censé marcher main dans la main avec le Président, peut-il plus facilement tenir un discours de vérité ? C’est pour une part inhérent aux personnalités et aux parcours. Jean-Marc Ayrault est par nature plus attaché au rétablissement des comptes publics que François Hollande. Mais cela tient aussi et surtout à l’agenda électoral de chacun. Un président de la République a les yeux rivés sur la prochaine présidentielle. Il joue déjà sa réélection. Alors que le destin d’un Premier ministre nommé n’est pas lié à cette échéance. Voilà toute la différence qui explique ce double discours. Le même scénario s’était joué entre Nicolas Sarkozy et son Premier ministre.

En septembre 2007, au cours d’un déplacement en Corse, François Fillon avait lancé une petite bombe en affirmant que la France était en situation de faillite. Colère noire à l’époque de Sarkozy. Fillon lui avait même proposé sa démission. A l’été 2010, le même Fillon avait récidivé en parlant de «rigueur» alors que le mot était totalement proscrit à l’Elysée. - Or, ça n’a pas porté chance à Nicolas Sarkozy !

Non en effet et son successeur n’en a pas retenu la leçon. Ce ne sont pas les Français qui ont du mal à supporter la vérité mais ce sont leurs élus qui ont du mal à la regarder en face. D’ailleurs, dans le dernier baromètre de popularité du Journal du dimanche Ayrault le franc ne baisse pas quand Hollande l’oblique s’enfonce dans le rouge écarlate. Dire vrai peut payer. Et pourtant même quand ils en font l’amère expérience, nos élus sont prêts à récidiver. Nicolas Sarkozy, qui reçoit beaucoup, a récemment confié à un visiteur comment il voyait une future campagne : certainement pas, a-t-il dit, centrée sur la réduction des déficits publics. Pourquoi donc me direz-vous ? Pas parce que la France n’en aurait pas besoin mais parce que, je le cite, ça ne fait pas «rêver » les Français. Nos présidents sont décidément in-co-rri-gibles.

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